Mexique #1 : Notre filleule mexicaine
- voiliershazzan
- 17 nov. 2024
- 9 min de lecture
Vous vous souvenez sûrement de Cielo, cette jeune fille mexicaine que nous avons rencontrée en Amazonie colombienne et qui a navigué avec nous de Carthagène-des-Indes à St-Martin... Si, si, rappelez-vous, c'est la courageuse qui pendant notre nuit d'enfer au large de Baranquilla a nettoyé son vomi malgré un terrible mal de mer et des conditions dantesques ! Cette aventure n'a fait que renforcer nos liens mais surtout, nous nous sommes retrouvés sur les valeurs et notre vision de la vie. Au fil du temps, nous sommes devenus vraiment très proches ! Même si nous nous étions promis de nous revoir, nous pleurions tous les trois, Cielo, Dominique et moi en nous serrant dans les bras quand nous nous sommes séparés à St-Martin. Alors naturellement, il nous est apparu comme une évidence, que pendant nos trois mois d'escapade pour cause de renouvellement de notre droit de séjour au Brésil, nous irions à Mexico pour passer du temps avec elle et rencontrer sa famille... famille qui nous a d'emblée dit qu'il était hors de question que nous allions à l'hôtel ou dans une location mais que nous devions venir habiter chez eux ! "Avec grand plaisir bien sûr" avons-nous répondu !

Et c'est ainsi que nous avons rencontré les parents de Cielo, Celeste et Paco ainsi que ses frères et sœurs Dante, Azul et Dafne. Cette dernière était enceinte d'une petite fille qui allait devenir notre filleule ! Sachez-le, nous avons maintenant de la famille au Mexique.
Notre nouvelle famille mexicaine
Mi casa es tu casa, tu es ici chez toi !
Si nous avions pleuré en nous quittant à Saint-Martin, nous avons presque autant pleuré en nous retrouvant à l'aéroport où Cielo et Celeste sont venues nous chercher. Avec Celeste, le courant est directement passé mais comment pouvait-il en être autrement avec une femme aussi lumineuse, son sourire franc et son regard chaleureux ?

La famille ne roule pas sur l'or mais elle est propriétaire d'une maison assez grande en bordure de Itzapalapa. Elle l'aménage peu à peu ce qui en fait un chantier permanent depuis des années.
C'est les bras grands ouverts qu'ils nous ont accueillis chez eux, ils sont même allés jusqu'à nous prêter leur plus grande chambre pour que nous soyons bien installés !
Ils sont comme ça la famille Cortez-Sanchez, ils se mettent en quatre pour vous recevoir, d'ailleurs l'une des premières phrases prononcées à notre arrivée par Celeste fut "Mi casa es tu casa !" autrement dit "Ma maison, c'est ta maison" et de fait, nous nous sommes sentis tout de suite chez nous.
Nous ne nous sommes pas quittés pendant plus de 3 semaines...
Nous avons vécu ensemble : fait les courses ensemble, cuisiné (beaucoup !), participé à une baby-shower (pour laquelle nous avions préparé 100 cupcakes), accompagné Cielo en bus et en métro à ses séances de rééducation à l'hôpital ;
Nous avons partagé des activités diverses et variées : assisté ensemble à un concert classique et à un record guiness de mariachis, crié ensemble pour encourager ou huer les luchadores, apporter nos voix et nos rires au joyeux bazar des promenades en trajineras et nous sommes même partis ensemble dans la région de Puebla dans la maison familiale de Celeste ;
Nous avons vécu de l'intérieur El Dia de Los Muertos : déambulé sur le Zocalo avec les Catrinas, participé au défilé de Itzapalapa, applaudi la grande parade dans le centre de Mexico, couru les lieux participant au concours des offrandes et même passé un bout de nuit dans un cimetière ;
Et par dessus tout, nous avons ri ensemble, pleuré ensemble parfois en racontant nos vies et surtout et surtout beaucoup, beaucoup discuté !

Dans ce premier article, nous allons surtout vous parler de notre vie avec la famille Sanchez-Cortez !
La famille Sanchez-Cortez
Une info en passant, ici au Mexique, tout le monde a deux noms de famille, le premier correspond au premier nom de son père, le deuxième au premier nom de sa mère... Donc Cielo par exemple s'appelle Sanchez-Cortez, car le premier nom de son père est Sanchez et le premier nom de sa mère est Cortez. De plus, les femmes conservent leurs deux noms de famille après le mariage ainsi leur nom officiel reste identique sans mention du nom de leur époux, même si, pour un usage dans la vie courante, elles peuvent choisir d'ajouter le nom de leur conjoint.
Bon revenons à notre petite famille , une famille très soudée, très unie et très solidaire.

Celeste, n'a pas les deux pieds dans le même sabot. Comme beaucoup au Mexique, elle se débrouille à droite à gauche pour gagner un peu d'argent, elle achète en gros et revend sur les marchés, des petits cadeaux de St Valentin en Février, des décos de Noël en Décembre... Elle est bonne cuisinière alors elle tient régulièrement des stands de vente de nourriture sur le Zocalo, la grande place de Mexico où se déroulent beaucoup d’événements (fête du livre, festival des Cultures Indigènes...). Je me suis tout de suite bien entendue avec elle et au fil des jours, une belle complicité mêlée de respect s'est tissée entre nous.

Paco, le papa est retraité après avoir travaillé de longues années dans le gardiennage, activité qu'il a dû cesser suite à des problèmes de santé (je crois lié au Covid).
Avec lui, nous avons beaucoup échangé sur la politique du pays et les changements intervenus depuis la présidence de Amlo puis de Claudia Scheinbaum.

Dante, le seul fils de la famille, a été un temps charpentier et si j'ai bien suivi, il travaille maintenant dans le domaine des motos.
C'est un garçon très empathique et attentif et il m'a souvent proposé son aide quand il me voyait galérer. Et pour ceux qui verraient les mexicains comme un peuple macho, sachez que Dante participe activement aux tâches ménagères et à la cuisine !

Dafne, la future maman, fabrique et vend des piñatas, elle gère sa petite affaire et vend ses créations sur mesure via les réseaux sociaux. Elle accompagne aussi sa mère sur leur stand de cuisine.
Malgré sa situation de futur maman solo, elle est pétillante et pleine d'humour comme vous pouvez le voir sur cette photo. Le jour du défilé du Dia de los Muertos à Itzapalapa, elle avait suspendu un petit panier au bras du "bébé" sortant de son ventre pour récupérer les bonbons que les passants lui donnaient en entendant la formule consacrée "Me da mi calaverita"

Azul, la plus jeune des filles est comme Dante une motarde.
Elle a fait des études supérieures et elle travaille dans un labo pharmaceutique.
C'est elle que nous connaissons le moins car elle partait chaque jour au travail.

Cielo, l'aînée, a une formation d'architecte et elle a choisi de passer quelque temps à voyager. Elle a eu plusieurs petits boulots dans des écoles, des hôtels. Mais au Guatemala où elle s'est rendue après nous avoir quitté à St-Martin, elle a eu un grave accident pendant une randonnée au sommet d'un volcan. Lors de notre venue, elle était toujours en rééducation car la consolidation de son pied fracturé ne se faisait pas très bien.
Échanges culinaires mexicano-français
Coté français : crêpes, quiche lorraine, mousse au chocolat, profiteroles, ratatouille, soupe au pistou et même un plateau de fromage où à notre plus grand étonnement, le roquefort a fait un carton !
Coté mexicain : Chile en nogada, quesadillas en tout genre, tamales, jus de zapotille... et bien sûr le célèbre mole.
Chile en Nogada : aux couleurs du drapeau mexicain
Dès que nous avons annoncé notre venue à Cielo, elle s'est rappelé que nous lui avions dit adorer les Chile en Nogada.

Alors, Celeste avait anticipé et congelé le nécessaire pour nous en cuisiner même si ce n'était pas la saison.
Et nous sommes bien d'accord avec Cielo, les Chile en Nogada de Celeste sont les meilleurs du monde, comme Dominique pense que les meilleurs mogettes du monde sont celles de sa maman Bernadette et que j'estime que les meilleurs œufs au lait du monde étaient ceux de ma maman Suzanne.
Aie aie, ça pique
Il faut savoir que la cuisine mexicaine peut être très piquante ! Heureusement, notre petite famille ayant bien compris que nous avions le palais "fragile", ils ont eu la main légère dans les préparations ce qui amenait certains d'entre d'eux à ajouter plusieurs cuillerées de piment dans leur assiette...

Une petite anecdote : dans un restaurant, j'ai demandé au serveur quels plats étaient les moins piquants, il m'a parlé d'une soupe aztèque qui m'avait l'air bien sympathique !
J'aurais bien dû me douter que nous n'avions pas les mêmes références de piquant car à la première cuillerée, les symptômes sont apparus : couleur écarlate, yeux larmoyants, nez coulant et gorge en feu... ce qui a bien fait rigoler nos voisins de table ainsi que Cielo qui a dégusté la souplette sans broncher !
On a mangé des trucs bizarres !
Connaissez-vous les huitlacoches ? Le huitlacoche, c'est un champignon parasite qui transforme les grains de maïs en excroissances noires et charbonneuses, un mets de choix parfois appelé "truffe mexicaine" ou "caviar aztèque" en raison de son goût fumé, boisé et minéral.
Nous avons aussi dégusté des pains des morts (sucre et fromage) joliment décorés d'os, des calaveras qui sont des friandises en forme de tête de mort, en chocolat, en graines ainsi que des galettes d’hostie colorées fourrées au miel, les obleas !
Accompagner Cielo à sa rééducation
Un accès au soin compliqué
Cielo devait pendant notre séjour aller plusieurs fois par semaine à la rééducation et nous l'avons accompagnée d'une part pour partager du temps avec elle mais aussi pour soulager la famille car à ce moment là, elle marchait encore en s'aidant d'une béquille ! Une heure et demi en bus aller et autant au retour ! Elle se rendait dans deux structures publiques car elle n'avait pas les moyens de se faire suivre dans le privé et croyez-moi, elle ne loupait aucun rendez-vous car en rater un peut mettre fin au protocole de soins et les obtenir lui avait demandé de suivre un véritable parcours du combattant ! Il lui a fallu se rendre très tôt à l’hôpital, faire la queue plusieurs heures pour s'entendre dire que comme elle avait été opérée au Guatemala, elle ne pouvait être prise en charge par le service public. Comme elle souffrait et qu'il fallait absolument qu'elle soit soignée, elle a dû se rendre aux urgences à l'autre bout de la ville et patienter de nouveau des heures pour pouvoir être admise dans un parcours de soin. Les séances, malgré la gravité de sa blessure, lui étaient données par paquet de 10 et il fallait ensuite attendre longtemps le rendez-vous suivant avec l'orthopédiste pour obtenir de nouvelles séances ! Un avant-gout de ce qui nous attend en France ?
Mais une prise en compte positive sur le handicap au moins à Mexico
Par contre, nous avons été très impressionnés par les infrastructures et le comportement des mexicains vis-à-vis des personnes handicapées. Les gens, s'ils vous voient en difficulté ou même imaginent que vous allez être en difficulté, vous proposent spontanément leur aide, une main tendue pour monter une marche un peu haute, une chaise avancée pour que vous vous reposiez ! Souvent en France, on hésite à proposer son aide craignant que la personne handicapée se sente blessée ou stigmatisée. En ce qui me concerne j'ai apprécié de ne pas avoir à demander et surtout que les gens ne se sentent nullement offusqués si vous déclinez leur proposition.
Autre point, les bus, au moins à Mexico, sont tous équipés d'un système qui permet d'abaisser la hauteur de l'autocar permettant ainsi de réduire la hauteur de la première marche. Les bus sont aussi munis de sortes de plaques escamotables qui permettent de créer rapidement un plan incliné pour les fauteuils roulants : le chauffeur du bus descend, tire la plaque glissée sous le châssis, pousse le fauteuil à l'intérieur, l'attache avec une ceinture de sécurité à un endroit prévu pour, range la plaque et regagne tranquillement son volant, le tout avec le sourire et l'attente patiente et bienveillante des passagers !
La bebecita aura des padrinos français
Parfois les choses se font juste comme ça, naturellement et on est incapable d'en retracer la genèse... c'est exactement ce qui s'est passé pour notre nomination en tant que parrain et marraine. Je serais bien incapable de savoir comment cela s'est fait mais nous avons bel et bien l'honneur et le bonheur d'être les padrinos de Laia qui est né en janvier 2025. Nous avons eu aussi le plaisir de participer à la baby-shower avec toute la famille et les amis de Dafne, une soirée émouvante et joyeuse où nous avons été intégré tant à la préparation (nous avons assuré la mission "Dessert" avec plus de 100 cupcakes et tout autant de mini mousses à chocolat) qu'aux jeux et discours qui ont émaillés la soirée !
Une petite anecdote pour finir cet article ! Les jours qui ont suivi la naissance de notre filleule, nous nous sommes inquiétés depuis Rio de Janeiro car on continuait à l'appeler bebecita (petite bébé) faute de lui avoir donné un prénom. Après deux jours, une semaine, deux semaines, nous avons commencé à nous dire qu'elle devait avoir un problème et nous avons fait part de nos inquiétudes à Cielo ! Mais non, les padrinos, tout va bien, ici nous avons 3 mois pour déclarer l'enfant ce qui nous donne le temps de choisir un prénom en lien avec ce que nous ressentons de sa personnalité.
Voilà, maintenant vous connaissez un peu mieux, notre famille mexicaine !







































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