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🇧🇸 Toutes les nuances de bleu des Bahamas

voiliershazzan
21 mai 2022
8 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Des îles perdues de Mayaguana aux eaux irréelles des Exumas, jusqu’à Nassau et son autre visage : aux Bahamas, nous avons découvert toutes les nuances de bleu, des plus limpides aux plus tourmentées.


Cinq jours de navigation avec un vent bien orienté depuis les BVI et le 21 avril 2022 nous arrivons sur l’île la plus à l’est des Bahamas, Mayaguana !


Le début d’un séjour de presque un mois sur cet archipel membre du Commonwealth qui ne compte pas moins de 700 îles et même plus de 3 000 si l’on compte les 2 400 cayes, c’est-à-dire tous ces petits bouts de terre émergée.





Nous n’avons vu qu’une petite partie des Bahamas et pourtant, nous avons eu le sentiment de visiter plusieurs pays.

  • Aux Exumas, nous avons dĂ©couvert des Ă®les paradisiaques oĂą croisent de nombreux voiliers, bateaux Ă  moteur voire mĂ©ga yachts (pour la plupart amĂ©ricains), mais oĂą le nombre de mouillages est tel qu’aucun n’est surpeuplĂ© et que l’on peut mĂŞme se balader sur des plages totalement dĂ©sertes… Une destination de rĂŞve aux eaux turquoises peuplĂ©es de requins, tortues, raies… et parsemĂ©es de rĂ©cifs coralliens riches de vie. Ici quelques Ă®les habitĂ©es et une population accueillante… Une destination que nous avons partagĂ©e avec Fabien et Laura pour notre plus grand bonheur !

  • Avec Mayaguana et Andros, nous avons entrevu le cĂ´tĂ© plus « perdu » des Bahamas, des mouillages solitaires, des cartes des fonds plus ou moins prĂ©cises. Des Ă®les que l’on a senties un peu abandonnĂ©es par l’État, routes dĂ©foncĂ©es, population en diminution…

  • Et puis, Nassau avec son Ă®le renommĂ©e Paradise Island totalement dĂ©diĂ©e aux vacanciers les plus fortunĂ©s, ses bateaux de croisière dĂ©versant chaque jour des hordes de touristes qui viennent ici acheter Ă  prix fort une carte postale dont ils ne verront que le fac-similĂ© en regardant des requins nageant dans des bassins immenses cernĂ©s de vitres et de bĂ©ton !


Nous allons décliner tous ces bleus avec vous, mais commençons par le début et notre arrivée à Mayaguana !


Les turquoises entre stress et émerveillement

Lors de notre arrivée aux Bahamas, nous avons tout de suite été émerveillés par les camaïeux de bleus et ce malgré le stress de devoir naviguer dans des eaux de très faible profondeur.


Nous découvrions la navigation dans les passes, ces petits chenaux qui se faufilent entre les cayes et qu’il faut suivre avec précision pour ne pas talonner. Certes nous avons un dériveur, ce qui nous permet de remonter la dérive et même le safran, mais quand tout est remonté, le bateau est peu manœuvrant et il faut donc trouver le meilleur compromis entre tirant d’eau et manœuvrabilité.


Ça discute à bord : il y a une passe assez proche de notre route, mais elle est étroite et il y a 25 nœuds établis avec de fortes rafales et la mer qui va avec… nous pointons notre étrave vers la passe et décidément, nous ne le sentons pas avec ce vent de travers. Nous choisissons finalement de prendre la passe Ouest ; cela nous rallonge mais nous semble plus sérieux car elle est plus large et le vent de face sera plus facile à gérer.



Nous voilà partis, Dominique à la barre avec un œil sur le sondeur et l’autre sur l’application Navionics de la tablette, Christine à l’avant, les deux yeux scrutant les fonds !

Quand c’est clair, il faut essayer d’évaluer la profondeur (en fait, c’est impossible) mais quand c’est foncé, il faut contourner car c’est probablement une patate de corail.


Il nous a fallu plus d’une heure pour traverser le lagon et nous avons dû à un moment remonter le safran rapido presto car la profondeur diminuait rapidement !



Bon, c’est fait ! Nous voilà ancrés par moins de trois mètres de fond et nos yeux sont enfin totalement disponibles pour admirer les couleurs du lagon d’une beauté à couper le souffle!


Les bleus-blancs des îles un peu perdues

Un repas sur le pouce et nous partons, comme à chaque arrivée dans un nouveau pays, faire la clearance d’entrée. Nous examinons la carte et voyons « dinghy route » ! Bizarre, c’est sûrement pour les grosses annexes et franchement avec nos quelques dizaines de centimètres de tirant d’eau, nous ne nous sentons pas concernés. Nous voilà partis et nous voyons la profondeur diminuer, diminuer et tellement diminuer qu’il nous faut remonter le moteur de l’annexe : Dominique se met les pieds dans l’eau et marche pour tracter l’embarcation (ce ne sera pas la seule fois d’ailleurs aux Bahamas !). Il nous ramène sur la fameuse route à dinghies qui est matérialisée par de fragiles piquets de bois surmontés de polystyrène… La prochaine fois, nous ferons moins les malins même si nous sommes quand même en meilleure posture que les Polonais ancrés juste à côté de nous et qui ont, eux, carrément ensablé leur dinghy !


Nous longeons un quai en béton un peu délabré pour atteindre une plagette où nous beachons ! Cela ne ressemble pas vraiment à l’image que nous nous faisions des Bahamas : il y a quelques tables désertes sous les cocotiers, un local poubelle et des toilettes, point barre ! Étrange !!!



Nous partons à pied vers les maisons dont nous apercevons les toits par-dessus la mangrove, en empruntant une route goudronnée pour le moins défoncée ! Nous marchons mais aux premières maisons, pas de trace de bureau de douane ou d’immigration ! Une voiture passe, nous l’arrêtons et rencontrons Zario qui propose de nous emmener au bureau local de l’administration (qui se trouve en fait à plusieurs kilomètres), il reviendra nous chercher dans une heure quand il aura pris sa douche.


Voilà qui se présente bien… mais notre joie est de courte durée car le bâtiment dans lequel nous entrons est tout petit et n’a que deux minuscules guichets : un pour la poste, un pour les impôts. Le personnel, très sympa, nous explique que non, nous ne pouvons faire la clearance et l’immigration ici, que l’application internet pour préparer les formalités n’aurait pas dû nous proposer le port de Mayaguana comme port d’entrée et que les deux bureaux les plus proches pour entrer officiellement dans le territoire sont à deux jours de navigation : Inagua et George Town sur Great Exuma. Nous opterons pour George Town car cela nous rapproche de Nassau où nous devons retrouver Fabien et Laura début mai.


Nous allons quand même passer la nuit ici et repartirons demain matin après avoir répété au moins cent fois « Mais que c’est beau », « Tu as vu ce turquoise », « Wouahh, on voit l’ombre de Shazzan sur le fond », « Regarde cette bande, elle est d’un bleu presque blanc » !



Oui, ici la nature a décliné les turquoises dans toutes leurs nuances, les cocotiers se penchent nonchalamment sur une plage de sable blanc vierge de pas humains… mais l’île semble un peu laissée à l’abandon par l’État bahamien, d’ailleurs, des maisons sont abandonnées et il n’y a plus que 200 habitants car les jeunes partent étudier à Nassau et ne reviennent pas dans ce paradis perdu au milieu du bleu !



La palette infinie des bleus transparents des Exumas

Pour continuer notre déclinaison de bleus, partons aux Exumas, l’un des archipels les plus célèbres des Bahamas avec son parc national.


Nous les avons donc parcourues une première fois pour monter chercher Fabien et Laura à Nassau, une remontée un peu expresse qui nous a toutefois permis de nous habituer à la navigation dans les eaux peu profondes du Bank et de repérer quelques sites remarquables…


Mais nous avons davantage profité des Exumas avec nos invités de marque pendant une croisière d’une dizaine de jours. À chaque instant, nous avions le sentiment de vivre un rêve éveillé que ce soit avec nos yeux ébahis par tant de beauté, nos cœurs palpitants lors de nos rencontres avec requins, raies ou tortues, nos souffles coupés par la richesse de la vie des récifs coralliens et des grottes, notre étonnement devant des cochons en liberté nageant dans les eaux bordant les plages de sable blanc, notre émerveillement lors de notre immersion dans la grotte de Thunderball Grotto où furent tournées des scènes de deux James Bond, Opération Tonnerre et Jamais plus jamais.


Les photos ne rendent pas justice à tant de beauté, on y devine juste la transparence et la luxuriance des eaux de ces îles indicibles ! Alors en regardant ce petit montage, ayez à l’esprit que c’est cent fois, mille fois, un milliard de fois plus beau !




Les bleus tristes des bassins artificiels d’Atlantis

Mais en contrepoint aux Exumas, il y a Nassau, capitale des Bahamas, située sur New Providence où vivent près de 300 000 des quelque 400 000 habitants que compte le pays. Ici s’agglutine aussi la majorité des touristes, genre touriste très touriste !


Ici, tout est fait pour, je dirais, la « consommation touristique » avec en point d’orgue son temple, j’ai nommé Paradise Island. Cette île longue de 6 km et large d’à peine 1 km est dominée par l’immense complexe Atlantis, véritable machine à consommer où tout est réuni pour que le touriste n’ait plus aucune raison d’en sortir : hôtels, restaurants, plages, golf, piscines, casino, boutiques de luxe et bassins immenses accueillant les espèces marines des Bahamas…


Des raies au milieu du béton, des requins derrière des vitres et du corail en plastique


Même si les bassins sont gigantesques, j’ai eu de la peine pour les requins, raies, barracudas nageant en aller-retour dans cette prison d’eau et pour le pauvre mérou qui était en train d’agoniser derrière la vitre prévue pour nous permettre d’admirer sa robe rayée !


J’ai aussi une pensée pour les jeunes mariés qui viennent ici profiter de l’offre spéciale lune de miel et qui ne verront que ça des Bahamas, à mon sens c’est vraiment dommage !


Le bleu électrique des eaux-frontière d'une passe sans nom

New Providence et Paradise Island, deux îles et deux mondes, avec entre les deux, une sorte de canal d’eaux soumises aux marées, une zone sans nom sur la carte.


D’un côté les marinas chics d’Atlantis, de l’autre des harbours de Nassau où les bateaux s’amarrent à des pieux de bois et à des pontons bringuebalants… D’un côté, les yachts rutilants avec équipage en nombre, de l’autre des bateaux rouillés qui se cachent pour mourir sous les deux ponts reliant ces deux mondes !


D’un côté des gens qui se paient des taxis à un prix forfaitaire de 50 $ la course, de l’autre des bus qui ne sont empruntés que par les « petites gens ». D’ailleurs, quand nous avons demandé où prendre le bus, on nous a gentiment répondu qu’il n’y en avait pas !!! Peut-être pour donner du travail à un ami taxi mais peut-être aussi, parce que quand Fabien et Laura ont pris le bus, ils étaient les seuls blancs à bord !


Les deux côtés du chenal sans nom


À Nassau, nous avons senti une tension, un malaise dans la population, très majoritairement noire, qui après plusieurs jours, quand la confiance s’était installée, a commencé à nous confier que la vie était difficile pour les travailleurs, que la santé coûtait trop cher, que le gouvernement aidait surtout ses amis.


À Nassau, nous découvrons aussi l’envers de la carte postale. Derrière les eaux turquoise et les plages de sable blanc, la société bahamienne est loin d’être exempte d’inégalités :

  • Les migrants haĂŻtiens sont particulièrement victimes de discriminations, tandis que les migrants cubains peuvent ĂŞtre confrontĂ©s Ă  des dĂ©tentions et Ă  des expulsions rapides, avec un accès Ă  l’asile parfois difficile.

  • Les femmes ne disposent toujours pas des mĂŞmes droits que les hommes en matière de transmission de la nationalitĂ© et la Constitution ne leur garantit pas encore une protection complète contre les discriminations, notamment dans certains domaines du droit familial et successoral.

  • Les personnes LGBT ne bĂ©nĂ©ficient pas non plus d’une vĂ©ritable protection contre les discriminations.

  • Les conditions de dĂ©tention dans les prisons sont particulièrement dures.

  • Quant Ă  la peine de mort, elle est toujours inscrite dans la loi.


Il y a fort à craindre que sous les eaux-frontière entre Nassau et Paradise Island couve le bleu électrique d’une colère larvée…


En savoir plus :


Alors oui, les Bahamas sont le pays de tous les bleus

Vous l’aurez compris, les Bahamas nous ont semblé un espace entre terre et mer où se sont donnés rendez-vous tous les bleus de la création, des plus limpides aux plus tourmentés.


Désolée de vous avoir entraînés aussi sur l’envers du décor, mais il me semblait important de vous donner une vision au-delà de la carte postale du pays de Rackham le Rouge et de Barbe-Noire.


Toutefois, je n’oublie pas le côté face de la carte postale car c’est l’un des pays les plus beaux qu’il m’ait été donné de voir jusqu’à présent...

... et la croisière avec Laura et Fabien a comblé nos yeux d’une infinie splendeur et nos cœurs d’un immense bonheur !



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© 2021 Voilier Shazzan

Crédit photo : Equipage Shazzan, Machin Truc, Violaine Parcot,

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