🇲🇶 🇫🇷 Martinique, un ti-punch ma doudou !
Dernière mise à jour : il y a 16 heures

Étape suivante de notre périple : La Martinique et plus particulièrement Le Marin.
Pourquoi Le Marin ? Parce que c’est là que nous avons rendez-vous pour réparer notre radar  et que, de surcroît, cette ville est bien dotée en shipchandlers (magasins d’accastillage) car beaucoup de voiliers qui transatent depuis l’Europe y atterrissent. Sur un bateau, surtout si on navigue beaucoup, il y a toujours quelque chose à réparer, refixer, nettoyer et, comme nous avons quand même parcouru plus de 8 300 milles nautiques (15 500 km) depuis Marseille, nous avons une jolie liste de travaux à réaliser. Pas de risque de nous ennuyer au Marin !
Cette escale martiniquaise a duré un certain temps puisque nous y sommes arrivés à trois le 20 février 2022 et que nous l’avons quittée le 13 mars mais à deux seulement car Bernadette a dû repartir vers sa vie terrestre. Avant son départ, nous avons loué une voiture et sillonné l’île pour profiter à fond des derniers jours ensemble.
Le marché ou comment approcher un pays en convoquant ses sens
J’adore aller sur les marchés des villes que nous visitons car ils nous immergent directement dans le pays à travers de l’odeur des épices, les couleurs des fruits et légumes, l’ambiance sonore des marchands qui vantent leurs produits aux chalands... Et si on y trouve des stands avec des tissus ou des objets de la vie quotidienne, c’est encore plus saisissant.

Le marché de Fort-de-France ne nous a pas déçus.
Les christophines, les corossols et les bananes plantains jouxtaient les sachets d’épices maison (colombo, noix de muscade, curry...).
Les pots de confiture aux saveurs tropicales (ananas, mangues, goyave...) s’alignaient devant une haie de bouteilles de toutes tailles estampillées avec des étiquettes manuscrites donnant envie de tout goûter : "Extrait de vanille", "Rhum arrangé", "Punch coco"...
Quant au célèbre « bois bandé », je vous laisse en deviner l’usage...
Les vendeuses trônant derrière leur étal recouvert de tissus madras nous appelaient « ma chérie » ou « ma doudou » avec un accent créole qui a ravi les « zoreilles » que nous sommes : c’est certain, nous étions bien aux Antilles.
Le Jardin de Balata ou comment s’emplir les yeux de beauté
Nous y étions venus avec Alain, Brigitte et Arnaud, nos amis de l’Oise... Il y a... Vais-je vous le dire ? Eh bien, il y a 28 ans !
Sachez que j’ai grandi avec une binette et un sachet de graines à la main car je suis la digne héritière d’une lignée de femmes qui ont aimé faire s’épanouir des fleurs : ma grand-mère Berthe qui devait surveiller son Georges pour qu’il n’arrache pas tous les plants et semis disséminés dans la cour et le jardin ; ma maman Suzanne qui obligeait mon père à transporter des dizaines de jardinières fleuries quand ils partaient en villégiature de plusieurs mois dans leur petite maison au bord de la mer ! J’ai donc toujours eu des fleurs à la maison, au jardin comme au balcon et Dominique se moque (gentiment) de moi quand je lui demande d’arrêter la voiture pour photographier des fleurs !
À ma grande déception, il m’a été impossible physiquement de visiter la totalité du Jardin de Balata car les chemins escarpés qu’il faut emprunter ne sont pas compatibles avec mes gambettes... mais Bernadette et Dominique m’ont rapporté des dizaines et des dizaines de photos pour me le faire visiter d’une autre manière !
La forêt tropicale ou comment faire le plein de vie végétale
Si le Jardin de Balata est un espace paysagé regroupant des dizaines d’espèces, la forêt tropicale donne, elle, dans la démesure et la luxuriance. Des fougères arborescentes gigantesques déploient leurs ombrelles aussi haut qu’elles le peuvent pour profiter tant bien que mal d’un peu de la lumière du ciel. Des lianes jouent à la balançoire sur les branches d’arbres immenses aux fûts élancés, arbres qui, chez nous, ne sont pourtant que de petites plantes vertes végétant dans leur pot de plastique. Des balisiers sauvages jouent les peintres impressionnistes en posant des points rouges et orange sur les verts profonds et humides des sous-bois.
On sent ici que la nature ne demande qu’à croître, qu’à reprendre possession de tout l’espace disponible et on imagine que maintenir les bas-côtés de la route dégagés doit être un travail sans fin. C’est vous dire : on a même vu des piquets de clôture refaire des feuilles ! On imagine aussi toute la vie qui doit grouiller sous ce couvert végétal inextricable !

Nous avons tous les trois été impressionnés par cette forêt, peut-être parce qu’elle contraste avec le côté minéral des îles du Cap-Vert que nous avons visitées mais peut-être aussi parce que nos yeux se sont habitués à un horizon tout bleu !
Saint-Pierre ou comment s’immerger dans l’histoire volcanique de l’île
La catastrophe de l’éruption volcanique de 1902
La majorité des touristes profitent des plages de sable blanc du sud de La Martinique, pourtant le nord de l’île montre un caractère qui me semble plus authentique. Et puis, l’histoire de La Martinique, c’est aussi l’histoire de Saint-Pierre qui a vécu une catastrophe en 1902 avec l’éruption de la montagne Pelée, l’éruption la plus meurtrière du XXe siècle. Sa nuée ardente du 8 mai 1902 a entièrement détruit en quelques minutes ce qui était alors la plus grande ville de La Martinique. Elle a décimé la population, faisant environ 28 000 morts et n’épargnant que deux personnes présentes dans la ville : Léon Compère-Léandre et Louis-Auguste Cyparis, ce dernier ne devant sa survie qu’aux murs épais du cachot où il était enfermé à la suite d’une bagarre.
La nuée ardente a également ravagé la rade, incendiant ou faisant sombrer les nombreux navires qui s’y trouvaient. Quelques marins ont pourtant survécu et une trentaine de rescapés, pour la plupart grièvement brûlés, ont été recueillis par le croiseur Suchet.
Le plus terrible, c’est qu’une partie au moins de ces morts aurait pu être évitée. Malgré les signes annonciateurs de la catastrophe, les autorités administratives, sur instructions ministérielles, avaient refusé de faire évacuer la ville et de laisser appareiller les navires au mouillage dans la rade. Et devinez pourquoi... Eh bien, pour assurer le second tour des élections législatives prévues le 11 mai !
Plonger au sens propre dans l’histoire

Les navires coulés lors de la tragédie de 1902 reposent toujours au fond de la rade de Saint-Pierre.
Leurs épaves sont aujourd’hui considérées comme un patrimoine culturel. Afin de les préserver au mieux, une zone en forme de triangle a été délimitée et interdite au mouillage. Des corps-morts ont été installés pour permettre aux bateaux de plongeurs, professionnels ou non, de s’amarrer.
Nous avons plongé sur deux épaves de la rade : le Yacht Italien, victime de l’éruption de 1902, et le Dahlia, qui a sombré bien plus tard à la suite d’un incendie.
Nous n’avons pas exploré le célèbre Roraima, que nous avons jugé trop profond pour nous (55 mètres, bien trop pour notre soixantaine et une dernière plongée qui remontait à deux ans !).
Cela ne nous a pas empêchés de penser avec émotion à la catastrophe de 1902 lors de nos immersions sous-marines et de constater, une fois encore, que la nature est plus forte que tout : elle peut détruire mais sait aussi reconstruire. Ces épaves sont devenues de véritables îlots de vie, avec une riche faune fixée et de nombreuses espèces de poissons qui gravitent autour ou viennent s’y cacher.
Les rencontres ou comment se souvenir que nous sommes en France
La Martinique est une destination prisée par les métropolitains, qu’ils y viennent en avion ou en voilier...
Et lors de notre séjour au Marin, nous avons pu nous en rendre compte car nous y avons retrouvé Fabrice et Anne-Sophie avec qui nous travaillions dans notre vie d’avant, puis Christelle qui travaille au port de Corbières à Marseille. C’est elle qui a réceptionné des dizaines de colis pour nous lors de la préparation de Shazzan pour le grand voyage… merci Christelle ! Nous avons aussi loupé de peu Jade, une artiste qui jouait au Off du Festival d’Avignon la même année que nous. Nous avons pris un deuxième apéro avec Jean sur son OVNI « Mångata » — qui signifie en suédois la route tracée par le reflet de la lune sur l’eau —, le premier ayant été partagé avec vue sur le Douro à Porto lors de notre rencontre en août 2021.

Et puis, au Marin, je suis retournée dans le bar où, douze ans plus tôt, nous avions fêté tous les huit l’arrivée de ma première transat.
J’y ai repris un pot, avec une certaine douceur et beaucoup de fierté en repensant à cette aventure, et surtout à mon binôme de quart Patrick...



Magique ! Je viens de vivre un peu de votre aventure. Merci de nous la faire partager. Amicalement.
Philomène