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🇬🇹 Guatemala #2 : Plongée en civilisation maya

voiliershazzan
18 avr. 2023
7 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 3 jours

Au cœur du Petén, partons sur les traces de la civilisation maya. De Yaxha, enfouie dans la jungle, à l’immensité de Tikal, nous découvrons ses cités, ses croyances, ses savoirs... et une réalité parfois bien éloignée des images ripolinées que nous en avions.


Continuons notre voyage en terre guatémaltèque et immergeons-nous dans la civilisation maya. Car le Guatemala est sans conteste une terre maya, déjà par la présence de sites archéologiques majeurs de cette civilisation mais aussi par ses populations mayas qui se sont finalement relativement peu métissées avec les populations d'origine européenne. Très souvent, il ne faut que peu d'imagination lorsque vous croisez un Guatémaltèque, pour l'imaginer vivant au temps glorieux de la civilisation maya !


La place centrale du site de Tikal
La place centrale du site de Tikal

Nous avons passé plusieurs jours dans le nord du pays, dans la région du Petén où nous avons visité deux sites archéologiques : le plus connu Tikal et un site plus "immersif" Yaxha (prononcé yatcha). Nous avons chaque fois, que ce soit lors de notre escapade avec notre fils Jeremy et sa petite famille ou lors de notre séjour avec notre amie Cathy, séjourné à Mon Ami à El Remate, un hôtel simple tenu par un Français qui est très engagé auprès des communautés mayas pour la sauvegarde de leur territoire.


La civilisation maya en bref pour quelques repères

De Khéops à François Ier 

Bon cela vous semble loin, Cléopâtre et Jules César... Beaucoup, beaucoup plus loin que la bataille de Marignan et je suis certaine que ceux de ma génération connaissent la fameuse date de 1515... eh bien les premiers Mayas auraient presque pu serrer la main de Khéops et les derniers celle de François 1er !!!!


 Les Mayas : environ 2600 avant J.-C. à 1540 de notre ère
 Les Mayas : environ 2600 avant J.-C. à 1540 de notre ère

Sédentarisation et premières constructions: la période préclassique

On ne sait que peu de choses sur la naissance de la civilisation maya si ce n'est qu'au temps de la préhistoire, elle a connu une sédentarisation et un développement de l'agriculture, en particulier de la culture du maïs. C'est aussi, semble-t-il, la période de l'émergence des premières constructions cérémonielles et de l'écriture.


L'apogée : la période classique et ses cités-États

De 250 à 900, la civilisation maya, forte à ce moment-là de plusieurs millions de personnes, a connu son apogée pendant sa période dite classique, époque de la magnificence des grandes cités-États comme Tikal. Car, si pendant longtemps on parlait de l'empire maya, le déchiffrement de textes retrouvés dans des temples montre qu'il n'y avait pas de système centralisé, mais que chaque ville était indépendante avec à sa tête un souverain, à la fois chef politique et chef religieux. Le roi se positionnait en tant qu'intermédiaire entre la population et les dieux. Il avait donc des pouvoirs immenses mais gare à lui si les conditions climatiques ne permettaient pas des récoltes abondantes car cela signifiait pour ses sujets qu'il avait mal fait son boulot auprès des dieux !


Ces cités-États entretenaient des relations commerciales "internationales" avec d'autres peuples mésoaméricains (commerce de cacao, sel, jade, obsidienne...) mais malgré tout, les relations entre les différentes cités-États oscillaient entre des périodes de collaboration et des périodes de conflits guerriers.

Illustrations 3D conçues pour le National Geographic
Illustrations 3D conçues pour le National Geographic

Les grandes cités mayas présentent cependant des caractéristiques communes :

  • au centre, temples, Ă©difices cĂ©rĂ©moniels, terrains de jeu de balle  et palais sont organisĂ©s autour de vastes places ;

  • Ă  la pĂ©riphĂ©rie, les habitations individuelles sont Ă©parpillĂ©es dans des faubourgs.




Des hypothèses sur les raisons du déclin

Sur le déclin de la civilisation maya, nous avons entendu plusieurs hypothèses :

  • un affaiblissement suite aux trop nombreuses guerres intercitĂ©s ;

  • des problèmes de santĂ©, notamment liĂ©s Ă  la qualitĂ© de l'eau ou Ă  l'utilisation du mercure ;

  • un dĂ©règlement climatique amplifiĂ© par une dĂ©forestation excessive (tiens dĂ©jĂ  !!!) ;

  • un Ă©puisement des sols par la culture...


Ce qui est certain, c'est que nombre de ces grandes cités ont été progressivement abandonnées et leur population a fortement diminué. Mais les Mayas, eux, n'ont évidemment pas disparu !



Les classes sociales au temps de la période classique



On retrouve au cours de la période classique différentes classes sociales :

  • le roi-gouverneur et la famille royale, dans une monarchie hĂ©rĂ©ditaire ;


  • une classe nombreuse de prĂŞtres avec de larges domaines d'intervention : Ă©criture, gestion des almanachs, mĂ©decine, organisation des cĂ©rĂ©monies...


  • une forme de noblesse chargĂ©e de la perception des redevances et de la bonne exĂ©cution des ordres royaux par le peuple. Les nobles s'occupaient avec les prĂŞtres de la "nourriture" des divinitĂ©s soit par l'auto-sacrifice, soit par la fourniture de victimes

    animales ou humaines, dans ce dernier cas notamment des prisonniers de guerre, mais aussi parfois des enfants ;


  • le peuple dont le rĂ´le Ă©tait de pourvoir aux besoins des classes non productives : alimentation, habillement, main-d’œuvre pour les travaux publics. Pour cela, ils disposaient principalement d'outils en pierre, en obsidienne, en os ou en bois ; ils n'utilisaient ni traction animale, ni roue pour le transport ;


  • les esclaves (dĂ©linquants de droit commun, prisonniers de guerre).


Le site de Yaxha, une forte émotion


C'est le premier site maya (un site peu fréquenté car moins connu) que nous avons visité avec Jeremy, Virginia, Krystal et Lyam. Nous ne l'avons atteint qu'après plus de 10 kilomètres de piste... comme une préparation psychologique à ce qui nous attendait !




Nous avons eu l'immense privilège d'être accompagnés par Miguel Sam Colop, un Guatémaltèque qui a travaillé avec les archéologues. Miguel parle espagnol, français et bien sûr sa langue, le maya quiché. Il est intarissable tant sur la vie de ses ancêtres que sur la connaissance des sites. Passionnant !



Nous sommes partis à pied sur des sentiers sinuant au milieu de la jungle sous l'ovation des cigales et les cris des singes hurleurs ! De quoi nous mettre directement dans l'ambiance car je vous assure que le cri du singe hurleur n'a rien de vraiment rassurant, même si c'est plutôt de l’esbroufe vu sa petite taille !



Nous avons très vite découvert les premières pyramides à degrés, certaines "défrichées" mais la plupart toujours cachées sous la végétation.


Grâce aux mots de Miguel, à sa capacité à nous conter le site, je me suis sentie presque maya moi-même...


Je voyais les bâtiments comme ils étaient autrefois avec leurs couleurs et leurs fresques, j'imaginais un roi maya avec sa couronne de plumes, perché sur le plus haut degré d'une pyramide...


Je frémissais en pensant aux sacrifices humains associés au jeu de pelote même si c'était une super opportunité pour le sacrifié : cette mort pouvait lui assurer un sort privilégié dans l'au-delà, une sorte de "remontée expresse" vers les dieux !


Je parvenais presque à imaginer la conception maya de l'univers avec les neuf niveaux de l'inframonde, le monde des hommes et les treize niveaux célestes du supramonde, tous reliés symboliquement par l'arbre sacré, le ceiba.



Je m'extasiais en comprenant à quel point l'organisation des cités était liée à l'observation des astres et à la conception maya du cosmos.


J'avais la chair de poule en imaginant les automutilations du type je me perce le pénis ou la langue, je fais couler le sang sur un papier que je brûle pour que la fumée emporte mon message vers le monde des dieux et des ancêtres !



Au fur et à mesure, j'ai remis au placard tous mes clichés "romantiques" sur cette civilisation... J'ai sûrement trop regardé les Cités d'or avec Fabien et Jeremy quand ils étaient enfants !


Oui, toutes ces images ripolinées se sont effacées pour faire place à une civilisation très érudite et savante qui avait développé des réseaux de gestion de l'eau, des calendriers d'une extrême justesse, l'astronomie, la médecine, la construction mais aussi une société très hiérarchisée, des guerres fréquentes entre cités et la pratique de l'esclavage...


Tikal : un site majeur et gigantesque

Le lendemain, direction Tikal, toujours avec Miguel. Jeremy, en grand fan de Star Wars, rêvait d'y aller et de grimper en haut du temple IV d'où a été tournée une scène d'un des films de la saga !



Mais Tikal, c'est avant tout l'un des sites archéologiques majeurs de la civilisation maya ; il aurait compté jusqu'à 90 mille habitants.


Les plus de 3 000 structures (palais, temples, pyramides...) se répartissent sur un parc de 576 km² de forêts protégées où vivent plus de 300 espèces d'oiseaux, 2 000 plantes et 200 espèces d’arbres dont le fameux ceiba, l’arbre national du Guatemala. Nous retrouvons là l'arbre sacré dont Miguel nous avait parlé à Yaxha.



Pour vous faire une idée de ce à quoi pouvait ressembler Tikal, je vous invite à consulter ce site qui propose de superbes reconstitutions en 3D réalisées pour une collection d'archéologie de National Geographic : https://trasancos3d.artstation.com/projects/QzBJl4


et pour vous immerger dans le site tel qu'il est aujourd'hui, cette visite en images et en vidéo : https://www.virtual-trip.fr/tikal-guatemala/


Avant de nous quitter...

Je vous partage un poème écrit à Yaxha en face du jeu de pelote... J'étais seule, assise sur un banc et je me reposais un peu en attendant le reste de la troupe... J'étais entourée d'une multitude d'insectes qui ont, je vous l'assure, fait bombance ce jour-là ! Je n'entendais que les bruits de la nature...

YAXHA


Des pierres... pyramides de pierres

Que des hommes ont taillées

Sculptées de leurs lames d'obsidienne


Des pierres... des pierres millénaires

Que des hommes ont poussées

Hissées à mains nues vers le ciel


Des pierres... sous un linceul de terre

Que le temps a tissé

Refuge d'une mémoire ancienne


Des pierres... cachées sous le couvert

Que la vie a semé

La jungle sur le secret des stèles


La chaleur, la moiteur

Regarde, respire, entends

Tous tes sens à l'affût

Imagine le quetzal


Au loin les singes hurleurs,

Bourdonnements, vrombissements

Chants d'oiseaux inconnus

Les olas des cigales


Un bruissement de vie


Celui qu'au temps jadis

Entendaient les Mayas

Que j'entends aujourd'hui

En plein cœur de Yaxha


Tamèr - 9 août 2022

Dans le prochain article, nous clĂ´turerons notre voyage au Guatemala avec Antigua et le lac Atitlan.


Crédit photo : Cathy Bellony, Jeremy Blanchard et Violaine Parcot

1 commentaire


Christophe FORGEOT
Christophe FORGEOT
10 juil. 2023

Très instructif... merci Christine! AMitiés à vous deux, Christophe

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Crédit photo : Equipage Shazzan, Machin Truc, Violaine Parcot,

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