🇵🇪 Pérou #6 : Nazca entre énigme, frissons et invention
Dernière mise à jour : il y a 13 heures
À Nazca, une énigme nous attend dans le ciel, quelques frissons au milieu du désert et une invention vieille de plusieurs siècles qui fonctionne toujours aujourd'hui !
Nous continuons notre périple au Pérou en remontant vers le nord mais en redescendant vers le niveau de la mer, puisque nous nous rendons à Nazca où nous perdons plus de 4 000 mètres d'altitude par rapport au col de Patapampa, entre Arequipa et le canyon de la Colca, que nous avons franchi avec notre 4x4 de location !

ÉNIGME : Mais de l'altitude, nous allons en reprendre à Nazca dans l'avion qui nous emmène survoler les célèbres lignes de Nazca... et je suis pratiquement certaine que vous connaissez Nazca, peut-être pas son nom mais à coup sûr, vous avez entendu parler de ces dessins tracés à même le sol, dont le but reste une énigme qui fait l'objet de nombreuses théories des plus scientifiques aux plus "barrées" !
FRISSONS : Toutefois, Nazca ne se résume pas à ses lignes et, au Cementerio de Chauchilla, j'ai vécu un moment bien flippant qui m'a donné des cauchemars la nuit suivante !
INVENTION : Et pour finir, nous vous parlerons d'eau, pas d'eau salée mais d'eau douce, ou plutôt de l'ingéniosité développée pour pallier sa rareté dans une région où il tombe à peine 1 cm de pluie par an et où certaines années peuvent être quasiment sans pluie !
ÉNIGME
Les géoglyphes de Nazca
Géoglyphe de l'Arbre de Nazca vu d'avion Géoglyphe en forme de fleur dans le désert de Nazca vu d'avion Géoglyphe du Colibri de Nazca vu d'avion Géoglyphe du Chien de Nazca vu d'avion Géoglyphe du Singe de Nazca vu d'avion Géoglyphe de l'Araignée de Nazca vu d'avion Géoglyphe du Condor de Nazca vu d'avion Géoglyphe de l'Astronaute de Nazca vu d'avion Longues lignes géométriques de Nazca traversant le désert vues d'avion
Voilà déjà à quoi ressemblent les lignes de Nazca vues d'avion !
En préambule, sachez que les chiffres que je vais vous donner sont approximatifs car les recherches sont toujours en cours et les moyens technologiques désormais utilisés par les archéologues (intelligence artificielle, drones, images satellites...) font rapidement évoluer l'état des connaissances... donc ce qui semble vrai en 2025 peut s'avérer erroné dans le futur !

Quoi ?
Il s'agit de figures tracées sur le sol que l'on peut répartir en trois grands types :
les tracés rectilignes
les figures géométriques : rectangles, triangles et spirales
les représentations figuratives (les moins nombreuses mais les plus connues !)
humaines dont le fameux "astronaute"
animales : oiseaux, singes, renards, araignées, lézards, orques, baleines, poissons...
végétales : fleurs, algues, arbres
d'objets : aiguilles, fils, harpons.
Combien ?
On a répertorié pour le moment plus de 2 000 dessins de taille variable. À titre d'exemple, l'araignée mesure 47 mètres de long alors que la ligne reliant La Ventilla à Cahuachi s'étend sur 11 kilomètres soit 234 fois plus !
Où ?
Les figures sont tracées sur une zone désertique d'une surface d'environ 700 km2 incluant des étendues plates mais aussi des collines.

Qui ?
Les lignes auraient été créées par plusieurs cultures, notamment les Paracas, les Nazcas et les Huari.
Quand ?
Les plus anciens remonteraient à 200 avant J-C
La plupart auraient été réalisés entre 50 et 650 après J-C.
Les plus récents seraient ceux des Huari (500 à 1100 après J-C), selon l'archéologue italien Giuseppe Orefici.
Comment ?
Le sol de la région est couvert de cailloux que l'oxyde de fer colore en rouge et si on enlève ces pierres, apparaît une couche de sable plus clair : c'est ce contraste qui crée les lignes. C'est d'ailleurs à cause de cette technique qu'on les appelle géoglyphes car glyphe vient du grec gluphê, "ciselure, gravure, ouvrage gravé" et géo du grec gê, qui signifie "Terre" et les lignes sont comme gravées sur le sol.
L'extrême sécheresse — rappelez-vous, à peine 1 cm de pluie par an ! —, l'absence de végétation et même le vent, qui balaie les particules fines plutôt que de les laisser recouvrir les tracés, ont permis leur préservation pendant plus de 2000 ans.
Je n'ose imaginer la multitude de cailloux qu'il a fallu déplacer pour tracer toutes ces lignes et figures ainsi que l'organisation et les techniques à mettre en place pour les réaliser avec les moyens de l'époque !

Ces lignes gardent à ce jour leur mystère car on ne sait pas avec certitude quelles étaient leurs fonctions. Plusieurs hypothèses scientifiques ont été émises au cours du temps mais circulent aussi des théories que l'on qualifiera d'audacieuses ou farfelues selon ses croyances personnelles.
À vous de voir parmi les suggestions suivantes
Calendrier astronomique L’alignement de certaines lignes avec les étoiles et constellations marquerait le temps et aurait été très utile pour l'agriculture et la date des cérémonies religieuses. Cette approche se fonderait sur une profonde connexion entre les géoglyphes et l’astronomie. Cette théorie émise par Maria Reiche, qui a longtemps travaillé sur le site, semble toutefois être une explication partielle car toutes les figures ne semblent pas avoir de lien avec les astres ! | Panneaux indicateurs géants Certaines lignes ou figures auraient servi de repères dans le paysage, indiquant des voies de circulation, des lieux cérémoniels ou encore des sites liés à l'eau. Les recherches récentes montrent d'ailleurs que certains géoglyphes sont étroitement associés aux routes et aux sentiers. |
Sentier de procession ou de danse On dansait ou marchait en suivant les lignes pour rendre hommage aux divinités, les participants donnant ainsi vie aux figures en les parcourant. | Lieu d'invocation de divinités Cette hypothèse est confortée par la présence de poteries et de restes d'offrandes : coquillages, maïs, coton, perles ou encore morceaux de tissus |
Messages géants Visibles dans le paysage, les géoglyphes auraient permis aux différents groupes d'afficher leur identité ou leur puissance | Scènes de la vie et des pratiques des Nazcas Certains géoglyphes visibles depuis les chemins auraient permis de transmettre des informations sur leurs activités, comme l'élevage des lamas ou les sacrifices humains. |
Pistes d'atterrissage d'extraterrestres Celle là, on la doit à l'écrivain suisse Erich von Däniken. | Simples œuvres d'art Personnellement, je trouve ça un peu simpliste... |
Il faut se rappeler que ces dessins ont été tracés pendant plusieurs siècles et qu'en conséquence, leur fonction a pu varier au cours du temps. Toutefois, il est de plus en plus admis que ces dessins ont joué un rôle à la fois profane et religieux et qu'ils avaient probablement des fonctions multiples : religieuses, cérémonielles, de localisation et de communication entre les peuples et avec les dieux.
Quoi qu'il en soit, les géoglyphes n'ont pas livré tous leurs secrets et l'énigme reste à résoudre !
Cela me plaît bien car je trouve que l'homme moderne ne peut que se sentir humble face à l'ampleur de ce travail réalisé avec les moyens limités de l'époque... d'autant plus que, malgré sa technologie, il ne parvient toujours pas à tout décrypter ! L'avantage, c'est que cela laisse la place à l'imagination et à la poésie, ce qui a forcément contribué à l'émotion que nous avons ressentie en les survolant !
FRISSONS
Les momies de Chauchilla
Nous allons maintenant prendre la direction d'un site peu fréquenté, le cimetière pré-inca de Chauchilla.
Cette immense nécropole, l'une des plus grandes découvertes dans les vallées de Nasca, s'étend sur une surface désertique de 2 km de long sur 500 mètres de large. Elle abrite une multitude de tombes, certaines étant regroupées en ensembles funéraires. Plusieurs cultures (Wari, Poroma et Inca) y ont enseveli leurs défunts à partir d'environ 700 après J-C et jusqu'à l'arrivée des Espagnols au XVIe siècle.
Le cimetière de Chauchilla a malheureusement été très largement pillé par les huaqueros, les pilleurs de tombes, et ce n'est qu'en 1997 que le site a commencé à être protégé et aménagé...
Comme une étrange atmosphère
Après une petite trentaine de kilomètres, le taxi quitte la route goudronnée pour s'engager sur une piste rectiligne qui traverse une étendue désertique. Dernier clignotant et nous voilà stationnés un peu au milieu de nulle part !

Nous descendons de voiture, l'air brûlant nous suffoque, des volutes de chaleur montent du sol caillouteux, au loin des tourbillons de vent lèvent de petites tornades de poussière et des boules de branchages qui, comme dans un western, courent sur le sol... Nous sommes la seule voiture stationnée ici et un sentiment d'étrangeté nous attrape !
Nous nous dirigeons vers un appentis soutenu par des piquets et couvert de branchages. Notre chauffeur de taxi paie l'entrée à un guide qui attend assis à l'ombre, un chapeau vissé sur la tête. Même s'il ne ressemble absolument pas à Clint Eastwood, je cherche immédiatement s'il ne porte pas une étoile de shérif en me demandant s'il est vraiment là pour surveiller les touristes ou... les pilleurs de tombes !
Le choc d'une momie qui vous fixe de ses orbites vides !
Notre guide nous propose de commencer la visite par le musée. Mais quel musée ? Serait-ce cette petite baraque en dur couverte de tôles de quelques mètres carrés ? Eh bien oui !
Nous entrons et là, deux caissons en verre avec des momies dont l'une nous fixe de ses orbites vides !
En s'approchant, on devine que les momies avec les têtes enturbannées sont des enfants et, stupeur, on voit même, sur les os de leurs petites jambes, des lambeaux de peau parcheminée !
Momie exposée au musée du cimetière de Chauchilla Petit musée du cimetière de Chauchilla dans le désert de Nazca Momies d'enfants et poteries exposées au musée de Chauchilla Détail d'une momie avec peau desséchée au musée de Chauchilla
Avouons-le, c'est carrément flippant et fascinant à la fois ! J’espère juste qu'après ce générique digne d'un western, nous n'allons pas nous retrouver dans le clip de Beat It de Michael Jackson et que ces momies ne vont pas briser leur vitrine pour venir esquisser un pas de danse avec nous ! Déjà, sachez, momies, que nous sommes de piètres danseurs alors tranquillo !
Deuxième vague de frissons !
Nous sortons du mini musée déjà bien mal à l'aise et c'est sans le guide que nous partons explorer la nécropole. Il faut suivre des chemins balisés de pierres peintes en blanc et nous comprenons vite pourquoi, car ici et là, hors du sentier, on voit clairement des ossements ou des bouts de tissus millénaires, probablement jetés là par les pillards peu scrupuleux...
Sous des appentis disséminés sur l'immense site, nous découvrons, creusées d'environ 2 mètres dans le sol, des cavités carrées entourées de murs en adobe et posées au fond de ces chambres funéraires, comme assises en position fœtale, des momies avec de longs cheveux... très longs cheveux qui s'enroulent autour d'elles... Le choc !

Des milliers de questions en suspens !
On ne sait pas tout de ces momies, loin s'en faut...
À quelle culture appartenaient les défunts qui sont là, devant nous ? Étaient-ils Nazcas ? Wari ? Est-ce que leurs voisins encore sous la terre leur ressemblent ? Ont-ils tous les cheveux aussi longs ? Et pourquoi ?
Et puis, toutes les momies que nous voyons semblent regarder dans la même direction, celle du soleil levant... Qu'est-ce que cela signifie ? Est-ce le cas pour toutes ? Quelles offrandes contenaient les poteries posées autour d'elles ? Maïs, haricots, coquillages ?
Bien sûr, leur état de conservation nous interpelle. Certes, le climat très sec a à coup sûr participé à ce processus mais jusqu'à quel point la résine badigeonnée sur les tissus les habillant les a protégés des bactéries et des insectes ?
Et les rouleaux de coton les entourant ont-ils aussi servi à absorber les fluides ? Quand comblait-on leurs orbites de ouate ? Et pourquoi cet enfant semble-t-il avoir, au-dessus de son petit corps momifié, comme une boule de coton à la place de la tête ?
Bref, même les archéologues s'interrogent encore sur Chauchilla... alors ce n'est pas aujourd'hui que nous aurons toutes nos réponses !
Et mon imagination qui part au galop
C'était vraiment étrange et je ne pouvais pas m'empêcher d'imaginer que ces momies avaient été des êtres bien vivants, des êtres qui avaient regardé la même montagne que moi, foulé le même sable, prié ou susurré des mots d'amour dans une langue inconnue... et qu'aujourd'hui, leurs dépouilles essaient, sans un mot, de nous parler d'un passé millénaire...
Est-ce que les cauchemars que j'ai faits la nuit suivante sont le résultat des mots qu'elles sont venues me souffler à l'oreille pendant mon sommeil ?
INVENTION
Les acueductos de Cantalloc
Nous les avions survolés lors de la découverte des géoglyphes et, intrigués, nous sommes allés les voir de plus près...

Un service d'eau nazca : vraie invention ou non ?
L'eau de pluie est une denrée rare dans cette région désertique (je vous rappelle le pauvre petit centimètre de pluie par an) ; les seules eaux disponibles sont les eaux souterraines des nappes phréatiques, en partie alimentées par les eaux venues des montagnes environnantes.
Ingénieux, les Nazcas ont construit des ouvrages hydrauliques appelés puquios, constitués de canaux, de galeries souterraines, de puits et de bassins permettant de capter cette eau, de la filtrer et de l'acheminer jusqu'à la vallée. Ensemble, ces puquios forment un véritable réseau d'eau destiné tant à l'usage domestique qu'aux cultures !
De sacrées connaissances et une belle maîtrise technique !
Afin de ralentir l'eau dans les endroits les plus pentus et d'éviter qu'elle n'érode les parois, les Nazcas ont ajouté des courbes. Cette architecture hydraulique est faite en grande partie de pierres ajustées et de bois de huarango.
Imaginer puis construire un tel réseau suppose de solides connaissances en hydrologie, en géologie et en construction : il fallait savoir où trouver l'eau souterraine, calculer les pentes nécessaires pour en maîtriser le débit, mais aussi concevoir des galeries souterraines suffisamment solides pour traverser les siècles.
Canal d'eau bordé de pierres aux aqueducs de Cantalloc Galerie souterraine en pierre d'un puquio de Cantalloc Puits aménagés en spirale aux aqueducs de Cantalloc
Oh, que c'est joli, ces spirales de pierre !
Tout le long du trajet de l'eau (certaines de ces galeries peuvent courir sur plusieurs kilomètres !), sont disposés d'étonnants puits en pierre qui s'enfoncent dans le sol jusqu'aux galeries où circule l'eau, parfois 7 mètres plus bas.
Lors de notre visite, nous avons constaté que l'accès à ces puits se faisait par une rampe en spirale... et nous n'avions aucun doute sur son origine nazca puisque le guide avait même ajouté qu'elle permettait d'accueillir un maximum de personnes sur ces gradins de pierre lors des cérémonies de remerciement au dieu de l'eau.
Eh bien non : on nous a servi sur place un joli discours pour touristes car ces belles spirales ne sont pas nazcas. Elles ont été aménagées lors de la rénovation du site en 1986 pour permettre, non pas aux fervents Nazcas, mais aux touristes de descendre plus facilement jusqu'aux galeries !
Et ces puits sont surtout fonctionnels !
Peu importe, ces puits de pierre, même si, à l'origine, ils étaient coniques (un peu comme un entonnoir), ont bien été imaginés par les Nazcas pour répondre à plusieurs besoins :
prélever de l'eau facilement
accéder aux galeries souterraines en période de basses eaux pour assurer le nettoyage et la maintenance du dispositif
et a priori, permettre au vent de s'engouffrer dans les canalisations et ainsi "pousser" l'eau dans les parties plus plates
Service d'eau nazca : invention validée !
Et au bout du compte, ce sont ces jolies spirales qui nous ont interpellés quand nous les avions survolées en avion, donc peu importe cette petite entourloupe !
Ce qui est beaucoup plus impressionnant, c'est l'ampleur du système imaginé par les Nazcas : lors d'un relevé archéologique, 36 puquios étaient encore en fonctionnement dans les vallées de la région !
Alors, oui, je pense que nous pouvons valider notre thème INVENTION pour Nazca avec ce site de Cantalloc. Les Nazcas étaient sacrément ingénieux et maîtrisaient leur sujet : plusieurs siècles après sa construction, leur remarquable système, même s'il a, comme toute construction, nécessité des travaux d'entretien et des réparations, fonctionne toujours !



Commentaires