Mexique # 2 : Dia de los Muertos
- voiliershazzan
- 1 nov. 2024
- 8 min de lecture
Concernant le Mexique, vous avez sûrement entendu parler du Dia de los Muertos et peut-être l'avez-vous fait au travers du film d'animation Coco ? Si vous ne l'avez pas encore vu, je vous le recommande vivement pour entrevoir l'esprit très particulier et festif qui règne au Mexique ce jour là mais en attendant, l'équipage de Shazzan vous y emmène.
Une célébration qui remonte à des milliers d'années
Déjà, il faut savoir que même si le Dia de los Mueros, est, tout comme Halloween ou la Toussaint catholique lié à la thématique de la mort, son état d'esprit s'avère très différent. Si l'un regorge de monstres et sorcières inspirant terreur et mauvaises farces et si l'autre évoque la tristesse d'un jour pluvieux et gris d'automne, le Dia de los Muertos est un jour festif et coloré. En effet, il est vécu comme un moment joyeux car il est sensé permettre aux morts de venir rendre visite à leurs proches et de partager un moment convivial avec eux....

Cette approche relève, comme souvent, du syncrétisme religieux. En effet, on retrouve un Jour des Morts datant des cultures aztèques et nahuas, peuples pour lesquels la mort faisait partie intégrante du cycle de la vie. Pour ces deux civilisations, les défunts continuaient à faire partie de la communauté par la mémoire que l'on en gardait et leurs esprits revenaient une fois par an sur terre lors du Jour des Morts. De nos jours, le Día de los Muertos est un mélange de ces rites religieux préhispaniques et des fêtes chrétiennes.
Allez ! En route pour une semaine complétement dingue à Mexico City... Mais êtes-vous prêts à aller pique-niquer dans un cimetière en pleine nuit ?
Les jours d'avant, tout la ville est en effervescence
La ville se prépare et se pare de symboles
On parle toujours du fameux Dia de Los Muertos, le Jour des Morts mais en réalité, c'est bien toute la semaine précédente que la fête se prépare ! Bien avant le jour J, la ville est en effervescence et elle se pare de décorations toutes plus colorées les unes que les autres.

Si vous vous promenez dans les rues de Mexico, vous ne manquerez pas de croiser des personnes grimées et costumées.
Nous avons cru comprendre que certaines personnes, même en poste dans des domaines éloignés du tourisme, se rendaient à leur travail costumées en catrina ou autre calavera !
Avec Cielo et sa famille, nous avons vécu à fond toute cette période, entre déambulations dans la ville pour débusquer et visiter des lieux participant au festival des offrandes, découverte de la méga-offrande du Zocalo, emplettes de maquillage et d'accessoires en vue du grand défilé du samedi 2 novembre dans le centre ville... et bien entendu, photo traditionnelle avec une Catrina. Mais savez-vous ce qu'est une Catrina ? Et connaissez-vous aussi cet autre symbole que sont les papeles picados ? Et avez-vous déjà entendu parlé du rôle des fleurs de cempasuchil !
La Catrina pour nous rappeler que la mort est "démocratique" !

La Catrina est LE personnage emblématique du Dia de Los Muertos.
Elle est représentée par un squelette de femme élégamment vêtu et portant un large chapeau.
La Catrina rappelle que la mort est "démocratique" et touche tout le monde, riche ou pauvre... Malgré ce rôle central, mais cette figure incontournable du Dia de los Muertos n'est en réalité apparue qu'en 1912...

Lors de sa naissance, elle n'était pas une représentation de la mort mais une figure créée par le caricaturiste mexicain José Guadalupe Posada dans le but de se moquer de la bonne société et de ses manières.
D'ailleurs, au début, la Catrina ne s’appelait pas ainsi, elle était connue sous le nom de «calavera garbanzera», cavalera désignant le crâne humain ou la tête de mort et garbanzera évoquant les vendeurs de garbanzos (pois chiches), vendeurs, qui bien que pauvres, s’habillaient de manière ostensible pour apparaître plus riches qu’ils ne l’étaient.
Le terme Catrina est apparu plus tard, quand Diego Rivera (le célèbre muraliste mari de Frida Kahlo) l’a représentée et nommée ainsi dans sa peinture "Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central".

Sur cette fresque, on voit la Catrina, debout au premier plan vêtue d’un chapeau à plumes, d’un boa et d’une belle robe.
Elle tient la main de Diego Rivera qui s’est représenté en jeune garçon.
Derrière Frida Kahlo aussi présente sur la peinture, apparaît le créateur de la Catrina, José Guadalupe Posada.
Les papeles picados aussi fragiles que la vie
Les papeles picados sont de délicates guirlandes de papier coloré ajourées de motifs complexes (fleurs, oiseaux, squelettes...). Elles sont largement déployées non seulement pour les festivités du Dia de los Muertos mais aussi lors des mariages, Noël, quinceañeras... ou encore lors des fêtes nationales.
Le papel picado symbolise la connexion entre la vie et la mort, le mouvement des guirlandes dans le vent évoquant la présence des esprits qui rendent visite aux vivants le jour du Dia de Los Muertos et les découpes délicates suggérant la fragilité de vie.

Chaque couleur a une signification spécifique : le blanc pour la pureté des enfants décédés, le noir pour le monde souterrain, le rouge pour les femmes mortes en couches ou les hommes morts au combat, le jaune pour les personnes âgées, le vert pour les jeunes adultes....
L'odeur et la couleurs du cempasúchil pour guider les âmes des défunts
Le cempasúchil (œillet d'Inde) est LA fleur du Dia de Los Muertos car son rôle est de guider les âmes défuntes afin qu'elles puissent retrouver le chemin vers leurs proches et encore une fois, l'origine de cette tradition remonte à une légende ancestrale, celle de Huitzilin et Xóchitl.
On la retrouve partout
Des milliers de brassées de ces fleurs arrivent en ville par camions entiers pour être vendues sur les marchés... On en retrouve partout, dans les parterres et jardins publics, devant les maisons, dans les offrandes... Les coffres des taxis sont tellement chargés de fleurs que les fermer devient impossible alors on attache la malle arrière avec des ficelles pour que tout arrive à destination ! Mais c'est dans les cimetières que leur orange pétant recouvre tout, des allées aux tombes ! C'est que le cempasúchil joue un rôle clé : sa couleur vive rappelle le soleil et son parfum puissant guide les âmes des défunts pour les aider à retrouver leur famille pour le jour des morts !
Un symbole transmis par la légende aztèque de Xóchitl et Huitzilin
Le symbolisme du cempasúchil remonte à l'époque aztèque. Deux jeunes Aztèques Xóchitl et Huitzilin étaient amoureux depuis leur enfance et ils s'étaient jurés un amour éternel, mais un jour Huitzilin partit à la guerre...
Quand Xóchitl découvrit qu'il était mort, inconsolable, elle implora le dieu Tonatiuh de l'unir pour toujours à son bien-aimé. Ce dernier, ému par la profondeur de ses sentiments, la transforma en une belle fleur aux couleurs intenses comme le soleil, le cempasúchil. Peu de temps après, un colibri vint se poser au centre de la fleur : c’était Huitzilin qui renaissait sous forme d’oiseau.
Aussitôt, la fleur déploya ses pétales, embaumant l’air d’un parfum intense et les deux amoureux furent à nouveau réunis.
Les ofrendas, des autels pour accueillir ses défunts
Les offrandes (ofrendas) sont comme des petits autels en l'honneur des défunts, on peut y trouver la photo du ou des disparus, bien sûr des fleurs ou pétales de cempasúchil mais aussi des bougies pour éclairer leur chemin vers le monde des vivants... Le plus surprenant, ce sont les boissons et les plats préférés du défunt déposés aux milieux des nourritures symboliques de la période que sont les calaveras en sucre, graines ou chocolat, le pan de muerto (pain des morts), autant de nourritures qui permettront au défunt de se restaurer pendant sa visite.
Les marchés se mettent au diapason
Traditionnellement les mexicains installent une ofrenda dans leur maison et c'est le plus souvent dans les marchés qu'ils se rendent pour acheter tout le nécessaire. Nous sommes nous aussi allés dans deux marchés gigantesques dont le Mercado Jamaica avec ses 1000 vendeurs de fleurs repartis sur une surface de 5 hectares. C'est un vrai truc de dingue...
A cette période, les vedettes sont sans conteste les cempasuchils : elles illuminent les allées du marché de leur orange éblouissant sous toutes les formes : bouquets, brassées, sacs de pétales ou encore compositions plus élaborées comme gerbes, croix, couronnes...
Quant aux vendeurs de calaveras, ils rivalisent d'imagination associant chocolat, perles de sucre, graines diverses et variées, le tout flamboyant de couleurs... On en trouve même en céramique ou en piñatas !
Si on lève les yeux, les couleurs joyeuses des papeles picados volant au gré du vent servent d'écrin aux squelettes suspendus agitant leurs gambettes dans une danse qui pour une fois n'a rien de macabre ! Et pour les plus gourmands non rassasiés par les calaveras ou les pains des morts, il y a pléthore de fruits confits pour l'occasion... un véritable délice auquel nous avons succombé !
Le festival des offrandes de Mexico Ciudad
La ville de Mexico propose à toutes les boutiques, hôtels, restaurants, musées... de participer à un festival des offrandes, l'idée étant d'installer des offrandes visitables par tous. Tous les lieux participant à ce festival sont référencés et la liste est mise en ligne.
Voici quelques photos de celles que nous avons visité avec Cielo.
La méga-offrande du Zocalo
La Mega Ofrenda du Zócalo, aussi appelée Ofrenda Monumental est une immense installation artistique avec son autel géant, ses millions de cempasùchil, ses sculptures géantes de Catrina et autres squelettes mais le lieu est aussi investi par des marchands ambulants en tout genre. Ici, un vendeur de algodon de azucar installe sur sa perche des sachets de barbe à papa aux couleurs pastels, là un étal regroupe tout le nécessaire (maquillage, serre-tête, strass...) pour se transformer en une magnifique Catrina... Plus loin, un autre a choisi des seaux pour proposer ses insectes à déguster, chapulines épicées ou fourmis aphrodisiaques ! De magnifiques Catrinas "humaines" proposent de prendre des photos en leur compagnie, d'autres personnages de tirer un papier dans une boîte pour connaître son avenir... c'est très festif et très familial, de nombreuses personnes sont costumées et maquillées. Mais c'est véritablement le soir que tout prend vie et s'illumine !
Les défilés et parades
Le 31 au soir, les mexicains sortent dans la rue et nous n'avons pas manqué de partir en famille pour participer au défilé d'Apatlaco. Encore une fois, c'est festif et bon enfant ! Nous sommes aussi allé assister à la grande parade de la ville de Mexico et même s'il s'agissait d'un évènement plus formel, l'ambiance y était aussi très sympathique et joyeuse!
Le jour J ou plutôt la nuit N
Le 1er Novembre, la tradition est de se rendre au cimetière pour passer un moment avec les âmes de ses défunts. Avec Cielo et Dante, nous sommes allés dans un cimetière en bordure de la ville de Mexico car, de fait, si les traditions sont toujours très vivantes dans les zones rurales, les cimetières du centre ville de Mexico ferment leur porte tous les soirs et même en cette nuit du Dia de los Muertos....
Ce fut pour nous surréaliste, émouvant, déstabilisant et presque joyeux. Déambuler à la lumière des milliers de bougies allumées par les familles et déposées sur des tombes toutes plus fleuries les unes que les autres, avoir envie de trinquer avec ces proches assis autour d'une sépulture et sirotant la boisson préférée du défunt, être émus devant une dame qui parsème des pétales de cempasùchil pour guider son disparu vers les offrandes qu'elle lui a amené, se surprendre à fredonner avec cette autre famille qui chantonne en écoutant le morceau favori du disparu, s'étonner d'en voir une autre manger à une table installée sur la tombe...
Avec toutes ces fleurs, ces lumières mais aussi les chansons jouées par l'orchestre installé au milieu du cimetière avec force micro et haut parleurs, on ne ressent aucune peur mais on pense avec douceur à nos propres disparus... Ici, on a le sentiment d'assister à des réunions de famille qui rassembleraient les vivants et les disparus. Notre plus grande tristesse n'était pas de penser à nos disparus mais elle nous étreignait devant les rares tombes toutes nues et on avait juste envie d'aller acheter des fleurs pour honorer ces défunts solitaires et les accompagner dans cette nuit si particulière.

















































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