🇵🇪 Pérou #7 : Huaraz, les vertiges des sommets et du pouvoir
Dernière mise à jour : il y a 8 heures
À Huaraz, toujours au Pérou, nous tutoyons les sommets de la Cordillera Blanca avant de plonger dans les galeries de Chavín, où les religieux usaient de techniques étonnantes pour asseoir leur pouvoir. Et pour nous remettre de toutes ces émotions, rien de tel qu'un hammam dans les entrailles de la Terre à Chancos !
Vous aurez remarqué que nous n'arrêtons pas de "yoyoter" avec l'altitude depuis que nous sommes au Pérou !

Eh bien le jeu continue car après les 500 mètres de Nazca, nous repartons à Huaraz, une petite ville située à plus de 3 000 mètres qui sera notre camp de base pour explorer la Cordillera Blanca.
Nous avons hésité avant de choisir cette destination car c'est le paradis des randonneurs (donc potentiellement l'enfer pour moi) mais comme nos copains Alicia et Kevin nous l'avaient chaudement recommandée et même établi une liste de lacs et de points de vue facilement accessibles, décision fut prise de s'y rendre!
Au programme, se perdre dans le bleu du lac Cancaraga dans les hauteurs de Punta Olímpica, goûter à la pachamanca avec Genaro et Teresa, imaginer le rugissement du jaguar se propageant dans les galeries de Chavín et prendre les eaux dans une grotte thermale à Chancos !
Au Pérou, nous y sommes mais pas encore à Huaraz !
Nous avions prévu un bus de nuit pour arriver au petit matin à Huaraz et nous avions réservé pour le 15. Nous nous sommes donc pointés le 15 au soir pour prendre le bus, bus qui était parti la veille car le 15 était la date d'arrivée du bus de nuit parti le 14 ! Il nous a fallu trouver un hôtel et un taxi et réserver de nouveaux billets pour le lendemain à 7h50... Autant vous dire que la nuit a été courte et que nous étions bien fatigués lors de notre arrivée à Huaraz !
Lorsque notre hébergeur Javier est venu nous donner les clés, nous avons bien sûr papoté. Ce retraité était auparavant chirurgien mais il donne encore des consultations et fait des échographies pour arrondir sa retraite.

Nous lui avons demandé conseil pour les visites et il nous a aussitôt proposé de nous mettre en contact avec l'un de ses amis, instituteur retraité qui possédait une voiture et connaissait très bien la région... Bien nous en a pris de suivre ce conseil car Genaro s’est avéré être non seulement un excellent conducteur mais aussi un guide hors pair et une personne très amicale !
Comme quoi, petit scarabée, il faut prendre les choses comme elles viennent, les contretemps comme les bonnes surprises !
Noir, blanc, bleu !
Le noir de la Cordillera Negra
Pour comprendre ces histoires de Cordillera Blanca et Negra, le mieux est de se rendre au mirador qui surplombe Huaraz !

En observant les montagnes alentour, on constate que la ville est située entre deux cordillères, la blanche et la noire. Au temps jadis, cette distinction n'existait pas car les deux cordillères étaient couvertes de glaciers. Mais la plus basse, située du côté aride du Pacifique, a aujourd'hui perdu presque tout son manteau de neige et de glace. Ses versants rocheux sombres contrastent désormais avec les sommets enneigés de la Cordillera Blanca et c'est donc tout naturellement qu'elle a été nommée Cordillera Negra...
Après cette explication depuis le mirador, la suite de la balade nous a conduits à la laguna de Villacucha et autant vous dire que nous avons encore une fois serré les fesses car la piste enjambait un ruisseau par un pont à peine plus large que la voiture et constitué, de plus, de quelques pièces de bois à l'allure bien fragile !

Arrivés à destination, nous avons observé les villageois qui œuvraient tous ensemble pour entretenir le petit lac de montagne, une forme de travail communautaire que nous avons, je le crains, oubliée en Europe. Nous avons fini la matinée en partageant un plat typique, la Pachamanca, avec Genaro et son épouse Teresa.
Le blanc de Punta Olímpica
Un tunnel au record vite détrôné

Punta Olímpica est un col de haute montagne connu pour son tunnel routier qui, lors de sa construction en 2013, détenait le record du tunnel le plus élevé du monde avec ses 4 736 mètres d'altitude... Son record n'a pas tenu bien longtemps car, dès 2019, il a été détrôné par de nouveaux tunnels tibétains.
Troublant, non ?
Je suis à peu près certaine que quand vous irez à Punta Olímpica, vous vous direz comme nous que le pic du mont Artesonraju (qui culmine quand même à 6 025 m) vous rappelle un truc !
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L’Artesonraju (6 025 m), dans la Cordillère Blanche - Wikimedia Commons | L’écran d’ouverture des films Paramount dans les années 1950 - Paramount Pictures |
Nous aussi, et on aurait bien aimé pouvoir confirmer avec certitude la légende urbaine de Huaraz qui dit que cette montagne est celle que vous voyez, tranquillement assis dans une salle obscure, pendant le générique d'un film produit par la Paramount...
Bon, après, il paraît que le logo a été modifié au fil du temps et, malgré les dénégations du studio, on n'est sûr de rien car j'imagine mal cette firme made in US avouer qu'elle s'est inspirée d'un mont péruvien plutôt que d'un pic de son pays ! Vous ferez comme vous voulez, mais moi, je penserai à Punta Olímpica à chaque générique d'un film de ce studio !
Le bleu de Cancaraga
Il y a de nombreux autres lacs de montagne... mais l'avantage de celui-ci est qu'il est accessible en voiture !

Pèlerin de Chavín, écoute le rugissement du jaguar
Deux capitaines sur les traces des civilisations pré-incas
Nous avons commencé notre séjour par la visite du Musée archéologique d'Áncash afin de commencer à appréhender les cultures pré-incas de la région. Nous avons particulièrement apprécié l'exposition de vêtements et tissus mais aussi le jardin avec sa belle collection de monolithes et linteaux sculptés à caractère religieux.
Céramiques pré-incas exposées au Musée archéologique d’Áncash à Huaraz Monolithe sculpté dans le jardin du Musée archéologique d’Áncash à Huaraz Textiles traditionnels brodés exposés au Musée archéologique d’Áncash à Huaraz Costumes traditionnels d’Áncash exposés au musée de Huaraz Récipient en céramique pré-inca exposé au Musée archéologique d’Áncash à Huaraz Monolithes sculptés dans le jardin du Musée archéologique d’Áncash à Huaraz Vêtement traditionnel brodé d’Áncash exposé au musée de Huaraz
Chavín : l'une des plus grandes civilisations andines
Connaissez-vous la culture Chavín ? Selon l'Unesco, elle s'est développée entre 1500 et 300 avant J.-C. dans cette région des Andes péruviennes. C'est l'une des premières grandes civilisations andines. Elle a joué un rôle important dans le développement économique et technique des Andes : élevage des camélidés, métallurgie avec notamment de nouvelles techniques de soudure, poterie et tissage. Elle entretenait également des échanges à longue distance (obsidienne, laine de camélidés, plumes d'oiseaux...).

À son apogée vers 800 avant J.-C., Chavín de Huántar, le site qui a donné son nom à cette culture, était donc devenu un carrefour commercial entre plusieurs peuples, mais c'était aussi un important centre cérémoniel et de pèlerinage dont l'influence religieuse s'étendait sur une grande partie des Andes, jusqu'au littoral pacifique.

Le site de Chavín était dirigé par les prêtres et une élite que l'on reconnaissait à leur tête déformée.
Dès la naissance, on utilisait des bandes et d'autres méthodes de pression pour modeler la tête des nourrissons ce qui n'avait a priori pas d'impact négatif sur le cerveau mais rendait la catégorie dirigeante reconnaissable.
Les secrets de son pouvoir religieux
Des connaissances au service d'un immense pouvoir
La culture Chavín reposait sur le concept de dualité structurant l’univers : bien-mal, jour-nuit, masculin-féminin et c'est d'ailleurs l'une des cultures antiques où de nombreux indices laissent penser que des femmes et des hommes pouvaient occuper la fonction de prêtre.

Les Chavíns vénéraient plusieurs dieux et en particulier une divinité anthropomorphe aux traits félins, munie de deux sceptres et reconnaissable à ses immenses canines. Jaguar, serpent et grands rapaces occupaient également une place de choix dans leur cosmogonie.
L'élite religieuse de Chavín détenait un immense pouvoir sur la population grâce à sa connaissance des astres, du cycle des saisons et donc de l'agriculture. Les pèlerins venaient la consulter dans l'espoir d'obtenir de meilleures récoltes.
Mais aussi des techniques d'emprise
Toutefois, afin de renforcer leur emprise sur le peuple, ils avaient aussi recours à ce que je qualifierais de techniques de manipulation de masse. Lors des cérémonies, ils officiaient depuis le Castillo, imposante pyramide tronquée, tandis que les fidèles se rassemblaient sur la grande place située en contrebas. Les rusés prélats utilisaient les galeries souterraines reliant le castillo et la place pour véhiculer jusqu'aux pèlerins des sons, des odeurs et même des lumières.
Les fidèles impressionnés tremblaient de peur en entendant les rugissements de jaguar qui sortaient du sol car, bien sûr, ils ignoraient qu'ils étaient générés par les religieux à l'aide d'un système utilisant l'eau et amplifiés par leur propagation dans les galeries. Si on ajoute au tableau l'inhalation de poudre du cactus San Pedro (un bon petit psychotrope) et le son des conques à fond dans les oreilles, la rave-party type Chavín avait toutes ses chances d'atteindre son but !
Grande place cérémonielle du site archéologique de Chavín de Huántar Galerie souterraine du site archéologique de Chavín de Huántar Castillo du site archéologique de Chavín de Huántar
Quand les dieux ne répondent plus, le peuple doute
Quand un pouvoir qui se dit d'origine divine contrôle aussi une partie de la vie économique, tant que les résultats sont là, tout va bien. Mais si, un jour, les fidèles s'aperçoivent que malgré offrandes et prières, les dieux de la météo font la sourde oreille et que les récoltes ne sont pas à la hauteur des promesses, le peuple commence à douter. La contestation et le désir d'émancipation émergent alors et le pouvoir théocratique vacille.
C'est ainsi que chaque région sous influence Chavín commence peu à peu à s'organiser avec ses propres entités politiques. L'influence de la civilisation Chavín décline alors face à l'émergence de cultures plus localisées.
Je n'ai pas entendu les rugissements mais j'ai pu les imaginer !

Le site est encore en cours d'exploration car il présente, vous l'aurez compris, un intérêt majeur pour la connaissance des civilisations andines, même si, pour le touriste, ses vestiges ne sont pas spécialement impressionnants.
On peut déambuler sur le site, faire le tour de ce qui était la place centrale dominée par les restes du Castillo et reconnaître les formes zoomorphes de son portique sculpté.
Le plus immersif consiste à s'engouffrer dans les galeries souterraines où l'on peut découvrir le Lanzón, une pierre rituelle verticale et entièrement sculptée, placée au cœur du labyrinthe formé par les tunnels.

Nous avons complété nos connaissances sur cette culture par une visite du musée associé présentant, entre autres, de nombreuses sculptures de type cabeza clava (tête-clou).
Dernier rafraîchissement aux Baños termales de Chancos
Êtes-vous déjà allés au hammam dans une grotte chauffée par les entrailles de la Terre ?

Rendez-vous était pris avec Genaro à 6h30 pour aller prendre les eaux à Chancos. Nous étions à l'heure pétante sur le bord de la rue avec maillots et serviettes dans notre sac à dos ! Après une heure de route, nous sommes arrivés sur place et nous avions alors plusieurs possibilités pour prendre les eaux, une baignade dans une piscine d'eau thermale, une immersion dans une baignoire où infusaient des herbes médicinales ou un séjour type hammam dans l'une des grottes.
Les températures à l'intérieur des grottes s'échelonnaient de 35 à 58 °C. Prudents, nous avons opté pour la grotte n°6 à 46 °C.
Nous nous sommes retrouvés dans une petite pièce avec un banc de pierre, un grand bac à douche dans lequel trônait une bassine en plastique emplie d'eau glacée.

Une fois le verrou tiré derrière nous, nous nous sommes totalement déshabillés, comme on nous l'avait conseillé, puis nous avons poussé la porte donnant dans une petite grotte toute sombre équipée d'un caillebotis et d'un banc.
Au milieu des parois de roche très chaudes, au son du filet d'eau bouillante qui suintait de la roche, nous sommes restés 20 minutes, le temps prescrit pour bien éliminer les toxines.
À la sortie de cette étuve, nous nous sommes rincés avec l'eau de la bassine : vivifiant !
Si cela vous tente, il y a un petit hôtel à côté car le lieu est réputé et certains Péruviens y viennent en cure de 5 à 10 jours. Il se dit que certains curistes arrivés en fauteuil roulant repartent en marchant. Je ne sais pas si cela va améliorer notre santé, mais c'était fort relaxant, pour le moins inattendu et nous sommes ressortis avec une vraie peau de bébé !

Nous avons ensuite appris que Genaro était né dans le village attenant et que son père s'était battu contre l'État pour que les bains restent la propriété de la communauté afin que les habitants bénéficient de ses retombées financières. C'était très émouvant quand il nous a parlé de son enfance, nous a montré la maison où il avait vécu et l'école où il avait commencé ses études, avant de devenir instituteur...





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