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🇲🇽 Mexique # 2 : Une nuit au cimetière !

voiliershazzan
2 nov. 2024
9 min de lecture
Catrinas, ofrendas, fleurs à profusion, marchés, défilés... Pendant une semaine, nous plongeons dans l'incroyable Día de los Muertos. Jusqu'à cette nuit au cimetière que j'avais très envie de découvrir mais qui, je dois bien l'avouer, me faisait aussi un peu flipper !


Concernant le Mexique, vous avez sûrement entendu parler du Día de los Muertos, et peut-être à travers le film d'animation Coco ? Si vous ne l'avez pas encore vu, je vous le recommande vivement pour entrevoir l'esprit très particulier et festif qui règne au Mexique ces jours-là.


Mais en attendant, l'équipage de Shazzan vous emmène vivre avec lui le Día de los Muertos à Mexico !


Une célébration aux racines multiples

Même si le Día de los Muertos partage avec Halloween et la Toussaint la thématique de la mort, son esprit est bien différent. Ici, pas de tristesse d'un jour gris d'automne : la fête est joyeuse et colorée car les défunts sont censés revenir rendre visite à leurs proches.


La célébration actuelle mêle traditions préhispaniques liées aux morts et fêtes catholiques introduites par les Espagnols. Au fil des siècles, ces deux univers se sont rencontrés pour donner naissance au Día de los Muertos tel qu'on le connaît aujourd'hui.



Allez ! En route pour une semaine complètement dingue à Mexico City... Mais êtes-vous prêts à aller pique-niquer dans un cimetière en pleine nuit ?



Squelettes géants illuminés pour le Día de los Muertos à Mexico


L'effervescence du Día de los Muertos à Mexico

On parle toujours du fameux Día de los Muertos, le Jour des Morts, mais en réalité, c'est bien toute la semaine précédente que la fête se prépare ! Bien avant le jour J, la ville est en effervescence et se pare de décorations toutes plus colorées les unes que les autres.

Dominique avec des personnes grimées pour le Día de los Muertos à Mexico



Dans les rues de Mexico, on croise partout des personnes grimées et costumées et nous avons même vu que certaines allaient travailler ainsi, bien loin des quartiers touristiques !




Avec Cielo et sa famille, nous avons vécu à fond toute cette période : festival des offrandes, méga-offrande du Zócalo, emplettes de maquillage et d'accessoires pour le grand défilé du 2 novembre... et bien entendu, photo avec une Catrina !


Mais savez-vous qui est cette Catrina ? Et ce que symbolisent les papel picado et les fleurs de cempasúchil ?


La Catrina : la mort "démocratique"

La Catrina est LE personnage emblématique du Día de los Muertos. Représentée sous les traits d'un squelette de femme élégamment vêtue et coiffée d'un large chapeau, elle nous rappelle que la mort est "démocratique" et touche tout le monde, riche ou pauvre.



Et pourtant, cette figure aujourd'hui incontournable est relativement récente. Elle a été créée au début du XXe siècle par le caricaturiste mexicain José Guadalupe Posada pour se moquer de la bonne société et de ses manières. À l'origine, elle s'appelait "Calavera Garbancera", en référence aux garbanceras qui, bien que pauvres, s'habillaient de manière ostensible pour paraître plus riches qu'elles ne l'étaient.


Quelques décennies plus tard, Diego Rivera lui donna le nom de Catrina et la représenta dans sa célèbre fresque Sueño de una tarde dominical en la Alameda Central, aux côtés notamment de Frida Kahlo, de Posada et de Rivera lui-même représenté enfant.



Papel picado : aussi fragiles que la vie

Guirlandes colorées de papel picado à Mexico

Les papel picado sont de délicates guirlandes de papier coloré, ajourées de motifs complexes : fleurs, oiseaux, squelettes... On les retrouve partout pendant le Día de los Muertos mais aussi lors des mariages, des quinceañeras, des fêtes nationales ou à Noël.

Pendant le Día de los Muertos, leur mouvement dans le vent évoque la présence des esprits venus rendre visite aux vivants tandis que la fragilité du papier rappelle celle de la vie.



Le cempasúchil : guider les âmes des défunts

Le cempasúchil (œillet d'Inde) est LA fleur du Día de los Muertos. Sa couleur orange éclatante, qui rappelle le soleil, et son parfum puissant sont censés guider les âmes des défunts vers leurs proches.


Du orange partout !

Des milliers de brassées arrivent à Mexico par camions entiers pour être vendues sur les marchés... On en retrouve partout : dans les parterres et jardins publics, devant les maisons, dans les offrandes... Les coffres des taxis sont tellement chargés de fleurs qu'il devient impossible de les fermer et qu'on attache les malles arrière avec des ficelles ! Mais c'est dans les cimetières que leur orange pétant recouvre tout, des allées aux tombes !



La légende du cempasúchil

Une légende aztèque raconte que Xóchitl et Huitzilin s'aimaient depuis l'enfance. Lorsque Huitzilin mourut à la guerre, Xóchitl, inconsolable, implora le dieu Tonatiuh de l'unir pour toujours à son bien-aimé. Celui-ci la transforma alors en une fleur aux couleurs du soleil : le cempasúchil.

Lorsqu'un colibri, Huitzilin revenu sous forme d'oiseau, vint se poser sur la fleur, celle-ci déploya ses pétales et libéra son parfum : les deux amoureux étaient à nouveau réunis.



Les ofrendas, des autels pour accueillir les défunts

Les ofrendas sont de petits autels dressés en l'honneur des défunts. On y trouve leurs photos, des fleurs ou des pétales de cempasúchil et des bougies pour éclairer leur chemin vers le monde des vivants. Mais le plus surprenant pour nous, ce sont les boissons et les plats préférés des disparus, déposés aux côtés des traditionnelles calaveras en sucre, graines ou chocolat et du pan de muerto : de quoi permettre aux défunts de se restaurer pendant leur visite !


Les marchés se mettent au diapason

Traditionnellement, les Mexicains installent une ofrenda chez eux et se rendent dans les marchés pour acheter tout le nécessaire. Nous en avons visité deux gigantesques, dont le Mercado Jamaica avec ses 1 000 vendeurs de fleurs répartis sur 5 hectares. Un vrai truc de dingue...


À cette période, tout ce dont nous venons de vous parler est là : des montagnes de cempasúchils illuminent les allées de leur orange éblouissant, les vendeurs de calaveras rivalisent d'imagination et les papel picado flottent au-dessus des étals. Des squelettes suspendus agitent leurs gambettes dans une danse qui, pour une fois, n'a rien de macabre !

Et pour les gourmands, il y a aussi pléthore de fruits confits... un véritable délice auquel nous avons succombé !




Le festival des offrandes de Mexico

La ville de Mexico propose aux boutiques, hôtels, restaurants, musées... de participer à un festival des offrandes en installant une ofrenda accessible à tous. Les lieux participants sont référencés sur une liste mise en ligne.


Voici quelques photos de celles que nous avons visitées avec Cielo.




La méga-offrande du Zócalo : un joyeux bazar !

La Mega Ofrenda du Zócalo, aussi appelée Ofrenda Monumental, est une immense installation artistique avec son autel, ses innombrables cempasúchils, ses sculptures géantes de squelettes et ses décors monumentaux.


Ici, un vendeur accroche à sa perche ses sachets de barbe à papa aux couleurs pastel, là un étal propose tout le nécessaire pour se transformer en Catrina... Plus loin, des seaux débordent d'insectes à déguster : chapulines épicées ou fourmis aphrodisiaques ! Des Catrinas "humaines" posent pour les photos tandis que d'autres personnages vous proposent de tirer un papier dans une boîte pour connaître votre avenir...


L'ambiance est festive et familiale, beaucoup de gens sont costumés et maquillés mais c'est véritablement le soir que tout prend vie et s'illumine !





Le jour J ou plutôt la nuit N

Le 1er novembre, la tradition est de se rendre au cimetière pour passer un moment avec les âmes de ses défunts.


Je dois avouer que j'étais moyennement partante

Dominique était hyper motivé ! Sa seule crainte était que nous soyons un peu des touristes venus observer une tradition qui ne nous appartenait pas, presque des voyeurs dans un moment aussi intime.


Moi, j'étais nettement moins partante ! Je dois bien vous l'avouer, l'idée de passer une partie de la nuit au milieu des tombes me faisait un peu flipper ! J'imaginais quelque chose de triste, peut-être même d'un peu glauque... Je pensais à ces histoires de feux follets qui se racontaient aux veillées quand j'étais petite !


Mais quand Cielo nous a raconté qu'elle avait déjà passé une nuit de Día de los Muertos (dans le Yucatán, je crois), quelque chose m'a frappée : elle souriait tout en étant au bord des larmes. Cette nuit-là, elle avait pris le relais auprès d'une dame âgée qui ne pouvait physiquement pas rester longtemps au cimetière. Il n'en fallait pas plus pour me convaincre !


C'était décidé, nous irions à quatre : Cielo, Dante et nous deux.


Où vont aller les quatre téméraires ?

La famille Sanchez-Cortez n'est pas une habituée de cette tradition, et il fallait donc déjà trouver où aller ! Cielo a commencé par chercher dans le centre de Mexico mais nada. En effet, si cette tradition est toujours très suivie dans les zones rurales, elle se perd à Mexico. Les cimetières du centre-ville de Mexico ferment leurs portes tous les soirs et ils ne font pas exception pour le Día de los Muertos...


Après recherches, consultation des avis sur Internet et quelques hésitations, le choix s'est porté sur le Panteón San Gregorio, à Xochimilco, un cimetière en bordure de la ville de Mexico.


Cette fois, on y va !

Nous voilà partis pour un long trajet en voiture... Je rumine encore un peu mais je sens que ma curiosité l'emporte petit à petit.


À l'approche du Panteón, la circulation s'intensifie et on ne compte plus les voitures stationnées dans les rues lorsque nous arrivons à destination... Des groupes de personnes se dirigent vers la porte du cimetière.


Première surprise, dès que nous descendons de la voiture, on entend un orchestre qui joue des airs entraînants ! Le long des murs du cimetière se sont installés des marchands de fleurs ou de bougies mais aussi des food trucks et des buvettes qui proposent des tortillas, des grillades...


Nouvelle surprise quand nous entrons dans le Panteón : on se croirait presque en plein jour et ce n'est pas grâce à un éclairage artificiel ! Les innombrables bougies posées sur les tombes créent une lumière chaude qui joue avec l'orange des tout aussi innombrables cempasúchils !


Cimetière San Gregorio illuminé de bougies et de cempasúchils pendant le Día de los Muertos


Nous y sommes !

À mesure que nous avançons, je sens que je bascule dans un tout autre sentiment : toute crainte s'est envolée et une sorte de douceur nostalgique m'étreint.


 

Ce fut pour nous surréaliste, émouvant, déstabilisant et presque joyeux.


Déambuler à la lumière des milliers de bougies allumées par les familles et déposées sur des tombes toutes plus fleuries les unes que les autres...


Avoir envie de trinquer avec ces proches assis autour d'une sépulture et sirotant la boisson préférée du défunt


Être émus devant une dame qui parsème des pétales de cempasúchil pour guider son disparu vers les offrandes qu'elle lui a apportées...


Se surprendre à fredonner avec cette autre famille qui chantonne en écoutant le morceau favori du disparu


S'étonner d'en voir une autre manger à une table installée sur la tombe...

 


Et puis il y a les enfants...

Une partie du cimetière est réservée aux enfants. Pour eux, les familles sont venues veiller la nuit précédente et lorsque nous y arrivons, les tombes sont encore couvertes de fleurs mais aussi de jouets.


Et là, c'est un autre choc... Des peluches, des petites voitures, des poupées mais surtout ces petits pots ouverts avec une cuillère posée à côté... Tout à coup, derrière chaque tombe, on imagine l'enfant qui n'est plus là.


Et mes disparus sont avec moi

Vraiment, avec toutes ces fleurs, ces lumières mais aussi les chansons jouées par l'orchestre installé au milieu du cimetière avec force micros et hauts-parleurs, on ne ressent aucune peur mais on pense avec douceur à nos propres disparus... Ici, on a le sentiment d'assister à des réunions de famille qui rassembleraient les vivants et les disparus. J'ai beaucoup pensé à ma chère Bernadette, à ma maman, à mes grands-parents... Moi aussi, j'avais les yeux embués mais un sourire sur les lèvres et dans le cœur.


Et la crainte de Dominique ? Elle aussi s'était envolée. À aucun moment nous ne nous sommes sentis comme des touristes venus observer les familles dans leur intimité. Personne ne semblait s'étonner de notre présence et nous n'avons jamais eu le sentiment de déranger. Nous étions simplement là, au milieu de tous ceux qui étaient venus passer cette nuit avec leurs morts.


Notre plus grande tristesse n'était pas de penser à nos disparus mais de voir ces rares tombes toutes nues. On avait juste envie d'aller acheter des fleurs pour honorer ces défunts solitaires et les accompagner dans cette nuit si particulière.


Et maintenant, place à la parade !

 La grande parade de Mexico

Nous sommes aussi allés assister à la grande parade de la ville de Mexico et même s'il s'agissait d'un événement plus formel, l'ambiance y était tout aussi sympathique et joyeuse ! Et contrairement à ce que nous imaginions, il n'y a pas que des professionnels qui défilent. Des groupes de quartiers, des associations, des cyclistes se mêlent aux danseurs et aux musiciens. Pendant des heures, les chars succèdent aux Catrinas, aux squelettes, aux costumes préhispaniques et à des personnages parfois complètement improbables... le tout en musique bien sûr !



Et puisque nous avions décidé de jouer le jeu jusqu'au bout, pas question d'assister à la parade sans maquillage ! Comme il aurait fallu rester longtemps debout et beaucoup marcher, Cielo m'avait prêté le fauteuil roulant qu'elle avait utilisé après son accident au Guatemala. Une excellente idée qui m'a permis de profiter de toute la parade sans problème !


À Apatlaco, on défile en famille !

Le 31 au soir, les Mexicains sortent dans la rue et nous n'avons pas manqué de partir en famille pour participer au défilé d'Apatlaco. Encore une fois, c'est festif et bon enfant !




Je pense que jamais de ma vie je n'avais vécu et ne vivrai une Toussaint aussi joyeuse et festive tout en pensant à mes proches disparus !

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© 2021 Voilier Shazzan

Crédit photo : Equipage Shazzan, Machin Truc, Violaine Parcot,

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