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🇧🇷 Brésil #1 : de João Pessoa à Rio, le planning prend l'eau

voiliershazzan
15 sept. 2024
17 min de lecture

Dernière mise à jour : il y a 2 jours

Notre objectif : descendre rapido vers le sud du Brésil pour être dans les canaux de Patagonie à l’été austral… Mais entre aléas et pépins techniques, notre planning boit un peu plus la tasse à chaque escale. Quand ça veut pas, ça veut pas !!!


Après ces 25 jours de près avec notre amie Lisa entre Saint-Martin et le Brésil, nous avons grandement apprécié de nous poser quelques jours à Marina Jacaré avant de prendre un avion pour la France mi-février. Le 1er juillet, nous étions de retour au Brésil avec le projet de changer notre électronique avant de descendre vers l’Uruguay puis la Patagonie, avec Rio comme premier objectif.


Trace de Shazzan de João Pessoa à Rio de Janeiro au Brésil
Notre itinéraire de João Pessoa à Rio de Janeiro

Avant de mettre cap au sud

Déjà, il faut savoir que le Brésil est un immense pays (15 fois plus grand que la France métropolitaine) et il est donc très différent du nord au sud, que ce soit du point de vue des paysages mais aussi du climat, de la culture et des populations. Nous avons aussi eu l'impression d'y déceler de grandes disparités de développement économique et de niveau de vie !


Le Brésil jouit d’une réputation de pays dangereux, pourtant, ce qui nous a le plus frappé ici c’est la gentillesse des Brésiliens, toujours prêts à rendre service, toujours souriants et accueillants ! Bien sûr, nous ne sommes pas complètement naïfs et nous savons bien que certains coins sont dangereux, en particulier à Rio, mais nous n'avons eu pour notre part aucun problème et ne nous sommes jamais sentis en insécurité ! 


Notre plus grand challenge a été de gérer le côté administratif et là, la France est, je crois, battue à plate couture :  il faut faire des paperasses d’entrée et de sortie à chaque État abordé, avec, sinon ce ne serait pas drôle, des démarches variant d’un État à l’autre ! Si une visite à la Receita Federal est incontournable, les services de la Capitania (Marinha do Brasil) et de la  Polícia Federal ne donnent pas toujours de documents ! Le problème, c’est que dans l’État  suivant, on vous réclame ces documents et vous avez beau expliquer que vous êtes allés les voir mais qu’ils ne vous ont remis aucun papier, si vous tombez sur un rond-de-cuir comme à Rio, vous devez vous armer de patience et y retourner trois jours d’affilée en poireautant à chaque fois le temps que ce petit monsieur vous prouve son pouvoir ! Bon, je râle mais en général, les personnes ont été très professionnelles et surtout très gentilles avec nous !


Retrouvailles à Joao Pessoa

Il en faut parfois peu pour être heureux !

Comment vous dire ? Après une navigation que d’aucuns qualifient "d’Everest du plaisancier", je ne sais pas si vous pouvez mesurer le plaisir de se retrouver au ponton d’une marina située sur le bord d’une paisible rivière, de dormir dans un lit horizontal et stable, de ne plus entendre ni le bruit des vagues frappant la coque ni le sifflement du vent dans la mâture, le tout empreint de l’immense satisfaction (voire fierté !) d’être arrivés à bon port, une expression qui prend tout son sens dans ce contexte !


Lisa, Christine et Dominique fêtant leur arrivée au Brésil autour d'une caïpirinha
On a quand même l'air un peu fatigués !

Ah, j’allais oublier le bonheur d’une vraie douche à l’eau douce et je dois bien vous avouer que je n’ai pas eu un comportement très sobre en termes d’économie d’eau car j’ai longuement profité de cette onde bienfaisante sur une peau et des cheveux gorgés de sel !


Je n’ai pas boudé non plus le plaisir de la première caïpirinha même si, il faut bien le dire, elle m’est montée directement à la tête !


La marina Jacaré

La marina Jacaré est tenue par Nicolas, un Français qui vit au Brésil, l’accueil y est excellent tout comme les infrastructures et les services proposés. De plus, Nicolas connaît bien son affaire et il s’est avéré un vrai guide pour accomplir toutes les démarches d’entrée dans le pays et dans l’État du Paraíba.



Séquences émotions

Lors d’une visite plus approfondie de la marina, nous découvrons un mur sur lequel de nombreux navigateurs ont peint leur emblème ou laissé leur nom !


Logo du voilier Zig-Zag sur le mur des navigateurs de la marina Jacaré

Nous y repérons le logo de Zig-Zag, le bateau de nos amis Marie, Kevin, Zélie et Calypso rencontrés en Gambie ! 


Que de bons souvenirs entre le réveillon du Nouvel An dans la communauté rasta de Lamin Lodge et les moments partagés au Cap-Vert avec notre très chère et regrettée Bernadette.



À  João Pessoa, nous retrouvons aussi Isabelle et Laurent qui se sont installés depuis peu au Brésil. Ils ont acheté une maison dans un condomínio, c’est-à-dire dans un lotissement fermé et sécurisé avec gardiens à l’entrée et mise à disposition d’équipements collectifs comme piscine, gymnase ou salle de réception.


Nouvelle séquence émotion, quand nous parlons ensemble de notre ami Fred, le frère d’Isabelle. Fred était un ami avec qui nous avons beaucoup plongé sur la côte méditerranéenne… Était, car, malgré l’extrême rigueur qu’il mettait dans tout ce qu’il entreprenait, un accident d’escalade lui a été fatal.

 

Balades et moments de partage

Laurent et Isabelle nous ont invités à plusieurs reprises chez eux et nous avons partagé des repas avec leur voisin Yvan et sa famille, des moments quadrilingues car nous ne parlons pas portugais et eux ne parlent pas français donc chaque échange a pris beaucoup de temps entre les multiples traductions en portugais, français, espagnol et anglais ! J’ai même fini par parler en espagnol à Dominique !  



Isabelle et Laurent nous ont très gentiment proposé de nous emmener en balade dans leur voiture, un grand merci à eux pour leur accueil.


 

Améliorations sur Shazzan : nouvelle centrale de navigation et marches plus sécurisantes

Mais comme vous le savez, en bateau, la to-do list est sans fin, et entre deux balades, nous avons bossé à bord : remise en route (rangement, avitaillement, installation de ce que nous avions remisé à l’intérieur pendant notre séjour en France…), plan et suivi de la fabrication de nouvelles marches plus larges et sécurisantes, installation de notre nouvelle centrale de navigation avec les instruments ramenés de France ! Eh oui, Shazzan est de 2002 et plusieurs de nos écrans nous ayant lâchés, nous avons décidé de lui offrir un lifting électronique !  

Le nouveau système fonctionne parfaitement et je dirais même que le nouveau calculateur du pilote automatique est bien plus performant que l’ancien (que nous avons quand même gardé fonctionnel à bord comme pilote de secours, pas folle la mouche... euh la mouette) !



1er retard sur le planning initial : 2 semaines Nous serons donc restés à João Pessoa du 9 au 16 février avec Lisa, puis du 1er juillet au 3 août après notre séjour en France, soit une escale plus longue qu’initialement prévue. Aucun regret, car nous avons pu découvrir un peu la région et passer d’excellents moments avec Isabelle, Laurent et leurs amis brésiliens.

À nous la descente du Brésil en voilier !

Nous voilà enfin partis, heureux de reprendre la mer et avec l'idée en tête qu'il ne nous faudrait pas traîner en route pour rester dans notre magnifique planning bien carré qui nous emmenait pile à la bonne saison en Patagonie ! Pourtant, on le savait bien, que les mots planning et navigation sont frères ennemis !


Un Shazzan low-bat

Nous savions que nos batteries présentaient des signes de faiblesse, mais nous avons un peu traîné à nous en occuper (pas bien !!!) et en fin de compte, il s’est avéré compliqué de se faire livrer rapidement des batteries équivalentes aux nôtres. Nous avons donc interrogé nos amis Pikaia qui ont navigué au Brésil et aussitôt ils nous ont donné les coordonnées de Dominique, un Français (encore un !) qui gère Salvador Marina à … bien sûr Salvador de Bahia. Le Dominique en question ayant la réputation d’être un véritable couteau bahianais (version locale du couteau suisse), c’est sûr, il pourra nous aider à résoudre notre problème ! Nous le contactons, il confirme pouvoir nous aider à trouver des batteries et nous décidons donc de prendre la mer.


Une Christine tout aussi low-bat

Ce fut fait le 3 août, mais misère, de misère, encore du près dans la mer agitée : commençant à voir le chrono tourner, nous sommes partis malgré une météo moyenne ! Nous aurions peut-être dû attendre quelques jours pour une navigation plus confortable car, après ces mois à terre et à la marina, un bon petit mal de mer a bien perturbé mes premiers jours de navigation. Cela dit, à cet endroit, le vent est souvent mal orienté pour naviguer vers le sud et souvent aussi assez fort, et ce ne sont pas les capitaines du RM rencontrés à Jacaré et que nous avons retrouvés par hasard dans un bar de Salvador qui nous contrediront : eux, ils ont carrément cassé leur tête de mât et ont dû rebrousser chemin vers Marina Jacaré !  Bon heureusement, le vent a fini par tourner et la mer s’aplatir : enfin du reaching.


Enfin un bateau à plat !

 

Une chouette escale à Salvador pour refaire le plein d’énergie !

Nous avons vraiment beaucoup aimé notre séjour à Salvador de Bahia, séjour qui n’aurait pas eu la même saveur sans les conseils avisés et amicaux de Dominique (le Dominique qui gère la marina) ! Grâce à lui, nous avons trouvé des batteries et il nous a conseillé tant pour les lieux à visiter, les restaurants où manger (bon marché avec prix au kilo ou chic pour mon anniversaire) ou encore les magasins où nous pouvions avitailler avec le meilleur rapport choix/prix.  



C’est vraiment quelqu’un que nous avons beaucoup apprécié et je me souviens encore de cette chouette soirée passée à bord en sa compagnie en dégustant des tartines de Pain-Shazzan avec une boîte de pâté offerte par Nelly, la filleule de Dominique (celui de Shazzan cette fois) !


Balade dans le centre historique

Nous avons arpenté le centre historique en profitant des musiciens et des danseurs qui se produisent dans la rue…


Bonfim : syncrétisme religieux, rites et fitas

Nous nous sommes aussi rendus à l’église de Bonfim.


Des bracelets porte-bonheur

À Bonfim, des milliers de rubans colorés, les « Fitas de Nosso Senhor do Bonfim », sont noués aux grilles de l’église. Leurs ancêtres, appelés « Medidas do Bonfim », existaient déjà à la fin du XVIIIe siècle et mesuraient 47 cm, soit la longueur du bras de la statue du Christ installée dans l’église.


De nos jours, ces rubans sont portés en bracelet ou accrochés aux grilles par des touristes, une photo pour les réseaux sociaux et hop, hop, hop : trois vœux pour le prix d’une fita ! Mais Dominique (le gérant de la marina) nous a expliqué que pour les Bahianais, ce ruban est associé à une véritable forme de spiritualité. Le rituel consiste à faire un vœu pour chacun des trois nœuds et à attendre que le ruban se rompe naturellement pour qu’ils se réalisent.



Le lavage du parvis des églises

Chaque année en janvier, des Bahianaises en tenues traditionnelles lavent les escaliers et le parvis de l’église de Bonfim au rythme des chants. Cette tradition remonte à 1773, lorsque des esclaves furent chargées de laver l’église avant la fête du Senhor do Bonfim.


Le rite a perduré après l’abolition de l’esclavage et s’est peu à peu mêlé au candomblé, une religion afro-brésilienne apportée par les esclaves. Il faut dire que, comme dans beaucoup de pays colonisés et "évangélisés", la foi, par un effet de syncrétisme, allie ici la religion chrétienne aux religions africaines apportées par les esclaves.

2ème retard sur le planning envisagé :  1 petite semaine Nous avions envisagé une escale de quelques jours à Salvador ; finalement, entre l’achat et l’installation des batteries ponctués de visites de la ville, nous y sommes restés une dizaine de jours, pour notre plus grand bonheur.

 

Deux gamins aux Abrolhos

Comme toujours, arrive le moment des adieux teintés de tristesse, mais comme nous devrions repasser dans le coin en revenant de notre tour du monde, il est bien possible que ces adieux ne soient que des au revoir ! Qui sait ? La route est encore longue mais on échange quand même avec Dominique, nos numéros de téléphone persos pour pouvoir se retrouver dans quelques années. Quoi qu’il en soit, nous avons gardé longtemps le regard tourné vers la marina et je sais que Dominique nous a aussi regardés nous éloigner !  Ainsi va la vie du marin en voyage…


Carte de migration des baleines à bosse vers les Abrolhos au Brésil

Mais l’avenir est devant nous, alors au bout d’un moment, on regarde vers la proue et on commence à penser… aux baleines !



Oui, vous avez bien lu, aux baleines car nous nous dirigeons vers l’archipel des Abrolhos, une zone où les baleines à bosses migrent depuis l’Antarctique pour venir se reproduire !



Nous sommes dans la période la plus propice pour les observer et elles nous offrent un véritable festival !



Illustration des différents comportements des baleines à bosse

On en voit des dizaines et des dizaines, on entend leur souffle puissant parfois même avant de les voir !


Elles émergent une grande partie de leur corps hors de l’eau nous montrant leurs nageoires puis retombent dans des gerbes d’écumes...


Nous en voyons même deux qui tournoient, sautent ensemble et j’ai le sentiment d’assister à une parade amoureuse, un véritable ballet de nage synchronisée dansé par des géantes des mers !


Nous sommes comme des enfants, oubliant même d’aller dormir pendant nos quarts de repos diurnes pour mieux les observer. 


 

À un moment, plusieurs arrivent par l’avant bâbord de Shazzan, nous les voyons approcher et j’avoue avoir un moment la crainte qu’elles ne heurtent notre bateau. Comment résisterait Shazzan à un choc avec ces colosses, à la fois plus grands et bien plus lourds que lui ! Et puis je ne voudrais surtout pas que nous les blessions. L’espace d’un instant, je me sens bien fragile sur notre frêle esquif et inquiète pour ces magnifiques créatures ! Mais à quelques longueurs, elles sondent et passent sous le bateau !


 

J’avais entendu dire que les voiliers naviguant à petite vitesse comme nous étaient bien moins soumis au risque de collision que les Imoca du Vendée Globe ou les grands et rapides navires de commerce : ils iraient tellement vite que le "radar" des baleines n’aurait pas le temps de les détecter… Depuis, j’ai appris que les baleines à bosse ne disposent pas de ce "radar" et qu’il conviendrait de mettre le moteur même au point mort pour qu’elles nous détectent ! On m’a aussi dit que le risque de collision était plus important quand elles dormaient entre deux eaux ! 


Ce qui semble faire l’unanimité, c’est que plus un bateau va vite, plus le risque de collision augmente et plus il est gros, plus les conséquences risquent d’être graves, tant pour les animaux que pour les bateaux ! Nous nous informerons davantage et serons sûrement plus vigilants la prochaine fois mais à ce moment-là, nous étions seulement émerveillés, émerveillés comme des enfants un peu insouciants ! Peut-être que, finalement, quand nos enfants nous disent que nous sommes des gamins, ils n’ont pas tout à fait tort !

 

Vitoria, une escale qui ne nous laissera pas un souvenir impérissable

Nous avions prévu de faire escale aux îles Abrolhos et d’aller nager avec palmes, masque et tuba (plonger y est interdit) dans cette zone réputée pour sa faune et sa flore marine… mais Éole, ne l’entendant pas de cette oreille, nous a contraints à nous mettre à l’abri à Vitória, la capitale de l’État d’Espírito Santo.


Au vu des tarifs pratiqués par la marina locale, nous nous sommes ancrés en face de la plage de Jurema, dans une anse à l’eau plus que trouble mais tranquille… Nous avons surtout patienté en attendant une fenêtre météo car de distractions ou d’attractions il y en a peu, si ce ne sont les rameurs ou nageurs qui prennent possession de la rade au petit matin… Le musée du chocolat n’est, il faut le dire, pas terrible avec sa boutique qui semble bien avoir été pensée comme le clou de la visite et, tant la cathédrale métropolitaine que le Palácio Anchieta ne nous ont pas franchement emballés !



En fait, à ce moment-là, nous avions encore dans l’idée de descendre assez vite vers l’Uruguay et cette escale forcée ne nous enchantant pas, nous n’étions peut-être pas assez disponibles pour apprécier le charme de cette ville.


3ème retard sur le planning envisagé :  quelques jours Nous avions pensé à une escale rapide aux Abrolhos mais finalement, nous avons dû patienter une semaine à Vitória.

 

Cabo Frio… un cap qui porte bien son nom !

Un bruit inhabituel dans le vérin du pilote

Trois jours après notre départ de Vitória, nous entendons un bruit inhabituel dans le vérin du pilote, il semble forcer plus que la normale et enchaîne de manière trop rapide des mouvements très saccadés. À ce moment-là, nous ne savons pas exactement ce qui se passe mais en tout état de cause, le pilote travaille trop et il faut le soulager. Nous affalons les voiles et mettons au moteur à petite vitesse. Nous prenons la barre et constatons qu’elle est dure, très dure, comme si le safran était relevé ! Pourtant, les manettes permettant de le monter et de le descendre sont dans la bonne position. Nous essayons de le manœuvrer, mais le problème persiste et nous ne pouvons rien voir dans la nuit !


Nous décidons donc de rejoindre Cabo Frio, l’abri le plus proche, en barrant.  


Cabo Frio, comme froid dans le dos

À l’arrivée dans la rade la plus proche du village, Dominique est à la manœuvre pendant que je tente de scruter les alentours du bateau dans cette nuit sans lune afin d’y repérer d’éventuels obstacles. Quand je lui hurle « Y’a des bateaux juste devant !!! », c’est déjà trop tard, nous sommes pris dans un mouillage, accrochés à un long câblot qui part d’une immense delphinière pour plonger dans l’eau plusieurs mètres plus bas ! Heureusement, Dominique parvient à nous sortir de ce mauvais pas avec pour seule séquelle un chandelier tordu (bien tordu quand même). Heureusement que nous étions à vitesse très réduite et que le « conducteur » est excellent car le vent nous poussant sur le bateau, nous dégager n’était pas évident.  


Mais bon sang de bonsoir, pourquoi tous ces promène-touristes et autres bateaux de pêche sont ancrés ici sans aucune sorte d’éclairage !!! Impossible à détecter par une nuit sans lune !

Nous rebroussons chemin et partons dans l’anse voisine que nous espérons moins encombrée. Nous ancrons dès que la profondeur le permet et tant pis si nous sommes à bonne distance de la côte, au moins nous sommes seuls et loin de tout danger.


Nous restons quelque temps éveillés bien qu’il soit 4 heures du matin et que nous soyons très fatigués après toutes ces péripéties qui ont complètement fait sauter les horaires de quart ! Il nous faut encore vérifier que l’ancre est bien accrochée et attendre que notre taux d’adrénaline redescende avant d’envisager de dormir.


Cabo frio, comme froid dans l’eau

Le lendemain matin, bouteille de plongée sur le dos et en maillot de bain, Dominique, optimiste, se met à l’eau : il déchante rapidement, l’eau est vraiment frisquette.


On aurait dû s'en douter car Cabo Frio, c'est un nom qui vous congèle direct... J'ai tout de suite pensé à ce fameux front froid quasi permanent qui fait bien râler les coureurs du Vendée Globe... Mais a priori, concernant la température de l'eau, c'est plutôt à rapprocher de l'upwelling, ce phénomène de remontée d’eaux profondes et donc froides à cet endroit.



Résultat de nos investigations, c’est le système hydraulique de manœuvre du safran qui dysfonctionne. Nous tentons de comprendre ce qui cloche en obturant certains tuyaux tout en les plongeant dans des mugs d’eau ! Mais rien n’y fait. Le fabricant nous confirme que la panne ne pourra être identifiée et réparée sans sortir le bateau de l’eau. Dominique, mon Géo Trouvetou, parvient à caler le safran en position basse à l’aide de tasseaux en bois fixés par des Rilsan et c’est grelottant qu’il termine cette réparation de fortune.


Alubat nous suggère alors une solution provisoire : bloquer mécaniquement le safran en position « navigation » en perçant sa partie haute pour y glisser une clavette. Nous décidons donc de sortir le bateau à Rio pour effectuer cette modification et faire un état des lieux. La réparation définitive attendra notre prochaine sortie de l’eau en Uruguay ou en Argentine.

 

4ème retard sur le planning envisagé :  4 jours  Des jours d’escales absolument pas prévus qui s’additionnent aux précédents… et un petit rhume pour le capitaine (malgré le petit rhum !)

 

Dans un mouillage de rêve à Rio

Nous avions décidé bien en amont de nous rendre au mouillage de Giovani, un bon plan que se passent les marins. Déjà, nous parlons là d’un de ces mouillages qui marquent la vie d’un marin, un mouillage de rêve au pied du Pain de Sucre et sous la protection du célèbre Christ Rédempteur qui veille sur la baie de Rio. De plus, ce mouillage au tarif très correct est situé à Urca, l’un des quartiers les plus safes de Rio (même la Marinha do Brasil de Vitoria nous l’avait recommandé) !


Vue sur la baie de Rio depuis le Pain de Sucre, avec le mouillage de Shazzan à Urca
Un mouillage de rêve entre Pão de Açúcar et Corcovado !

En amont nous avions déjà échangé avec Giovani par WhatsApp et il nous attendait. Il est venu à notre rencontre dès notre arrivée pour nous aider à amarrer Shazzan à l’une de ses bouées ! Ouf, le safran a tenu et nous voilà arrivés encore une fois à bon port !


Bon maintenant, opération sortie du bateau ! Mais nous avons oublié un détail, nous sommes au Brésil et tout prend du temps ! Nous envoyons des messages WhatsApp aux marinas disposant des équipements pour lever les 12 tonnes de notre Shazzan, mais découvrons que bon nombre ne sont accessibles qu’aux « sociétaires ». À Charitas, il faut attendre le retour du chef et au Iate Club, impossible de trouver la bonne personne ! Giovani nous donne alors un contact et, miracle, nous obtenons une réponse.


Nous en discutons avec Giovani, qui nous donne un contact au Iate Club… et miracle, nous obtenons une réponse, mais c’est la douche froide : il nous en coûtera 1 200 euros juste pour la sortie et la remise à l’eau, auxquels viendront s’ajouter les frais de stationnement ! Nous expliquons à Giovani que c’est vraiment très très cher et que nous n’avons besoin que de quelques heures à terre.


Giovani prend alors les choses en main et il parvient à négocier non seulement une réduction de 50 % sur les manutentions, mais aussi la gratuité du stationnement  : le bateau sortira en fin de matinée, restera sur sangles quelques heures (quasiment suspendu en l’air) pendant la pause méridienne puis il sera remis à l’eau. Nous acceptons cette proposition qui de toute façon est la seule possible.


Le jour de l’opération "Safran for ever", nous nous mettons en mode "à fond, à fond" : nous n’avons que deux heures pour le diagnostic et le blocage du safran. On a bien gazé, on a même eu le temps de nettoyer les passe-coques et de graisser l’hélice.



Mission accomplie, nous pouvons reprendre la mer en toute sécurité même si nous ne pourrons pas accéder aux zones peu profondes car notre tirant d’eau minimum vient de doubler, il est maintenant de 1,80 m au lieu de 0,90m !

 

5ème retard sur le planning envisagé :  1 semaine  Il nous aura fallu une semaine pour organiser la sortie du bateau et bloquer le safran. Sans Giovani, je n’ose imaginer combien de temps cela nous aurait pris et … coûté !

 

Changement de programme !

Bon, après cet empilement d’aléas et de pépins pendant notre descente du Brésil en voilier, il était clair qu’il fallait revoir la géométrie de notre beau planning bien carré… Un rétroplanning s’impose !


Il faut se rendre à l'évidence

Il nous faut nous rendre à l’évidence, le timing est trop serré et en plus notre visa de trois mois au Brésil est déjà bien entamé. Nous pesons le pour et le contre : retarder encore d’une année notre passage dans le Pacifique augmente le risque que nous ne puissions finir le tour du monde car nous prenons de l’âge… mais d’un autre côté, filer à toute allure le long de la côte brésilienne sans rien voir ne correspond pas à notre vision du voyage et le marin trop accroché à son planning accepte trop souvent de prendre la mer dans des conditions pas toujours optimales.


Inutile de tergiverser : il faut décaler la Patagonie d’une année.


Nous réalisons aussi que le petit « tic-tac » qui nous trottait dans la tête nous a amenés à zapper des mouillages, alors nous allons arrêter de speeder comme nous le faisons depuis João Pessoa ! Et puis, nous rêvions de Rio et, avec cette décision, nous aurons vraiment le temps d'en profiter.


Mais il faut prévenir tout le monde, Boris, notre équipier pour la Patagonie, ainsi que tous ceux qui avaient prévu de nous y rejoindre, comme notre fils Jeremy. Nous sentons bien leur déception mais nous sommes certains que c’est la meilleure décision et tous en comprennent parfaitement les raisons.


Bon ok, alors maintenant on fait quoi ?  

Et si on partait en road-trip pendant trois mois le temps de retrouver un visa tout beau tout neuf ! Moi j’irais bien au Machu Picchu ! Ah oui, le Pérou, bonne idée ! Pendant qu’on y sera, pourquoi ne pas aller survoler les géoglyphes de Nazca et tremper nos orteils dans le lac Titicaca, un nom que nous avons bien retenu de nos cours de géo de primaire car il nous faisait rigoler !


Génial ! Tiens, on pourrait aussi aller voir Cielo au Mexique, on en profiterait pour assister au fameux Día de los Muertos !


Et puis, on pourrait aussi en profiter pour aller voir Ana & Palacio aux USA !


On a eu vite fait de remplir les trois mois et encore on a dû renoncer (pour cette fois !) à aller faire la bise à Edolia au Guatemala, à tenter de fixer sur la pellicule les illusions d’optique du désert de sel d’Uyuni en Bolivie et même à aller vérifier si c’est bien vrai qu’un œuf tient debout tout seul en Équateur !



Au retour de ces 3 mois de voyage, nous aurons ainsi le temps de profiter de Rio et de descendre tranquillement vers l’Uruguay en musardant sur Ilha Grande et Paraty !!!! Ce qui fut dit, fut fait ! Mais chaque chose en son temps, nous vous reparlerons de nos tribulations péru-mexicano-américaines ainsi que de notre séjour à Rio et de nos amis cariocas (une pensée pour Giovani, Weber & Myriam et Maria) dans de prochains articles !

 

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Crédit photo : Equipage Shazzan, Machin Truc, Violaine Parcot,

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